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mercredi, 26 décembre 2007

Semaine 16

Et si...

semaine_16C'était ce matin très tôt et je me demande encore si j'ai bien vu ce que j'ai vu... Comme tous les jours depuis vingt ans je me rendais au bureau de tabac de l'autre côté du parc pour acheter mon petit bout de rêve quotidien, mon petit plaisir et mon espoir minuscule de tous les jours, ma carte à gratter! Je la choisis selon l'humeur, la couleur du ciel ou le jour que l'on est: signe du zodiaque, chiffre porte-bonheur ou autre couleur attirante... je varie les plaisirs! Ca fait vingt ans que je démarre la journée ainsi, ça fait vingt ans que je ne gagne jamais plus que de quoi m'offrir, parfois, le ticket du lendemain, mais je persévère... et le temps de traverser le parc, je rêve... Et si... ?! Tous les matins je m'accorde ce plaisir insondable de me demander... Et si...?! Tous les matins je m'offre ce moment de tous les espoirs... Et si...?! Et je me rends compte qu'en vingt ans, les envies ont évolué, certains de mes rêves se sont quand même réalisés, d'autres ont été sabotés, il m'en reste quelques uns... Et je traverse le parc songeur, avec ce sentiment de ne voler de temps à personne.... Joies du célibat?! Je n'en sais fichtrement rien, pour pouvoir le dire il eût fallu qu'un jour il en fût autrement! Toujours est-il que j'aime ce moment qui m'appartient... Et ce matin pas l'ombre d'un chat ni d'un Parisien pour gâcher cet instant..

Et puis au plaisir quotidien s'est ajoutée ce matin la bonne surprise de découvrir les rues enneigées et encore immaculées... Ce soir la circulation, les piétons auront tout sali, mais ce matin le spectacle est magnifique voire féérique... J'ai pris mon courage à deux mains et je suis remonté... Quatre étages à gravir, mais je ne pouvais pas manquer ça: photogaphier les allées du parc encore vierges de toute humanité...

Et quand j'ai poussé la grille du parc je me suis surpis à hésiter, avais-je moi-même le droit de le souiller de mes empreintes?! Or, mes cent et quelques kilos ne savent pas faire autrement que de laisser des traces derrière eux... Et puis je me suis dit que de toutes façons il fallait bien un premier, alors pourquoi pas moi?!   Et je me suis lancé! A grandes enjambées pour ne pas en rajouter! Des pas de géants pour laisser le moins de pas possible... Et parfois je m'immobilisais, le temps d'un cliché... photographier l'éphémère... plaisir égoïste de fixer par l'image ce que d'autres n'auront pas le privilège de voir...

Et c'est là que je les ai aperçues! Au début ça m'a même contrarié... de ne pas être le premier! Et puis j'ai trouvé ça étrange, les traces de pas commençaient au beau milieu de l'allée! Comme si quelqu'un était tombé du ciel?! J'ai regardé en l'air machinalement, forcément il n'y avait personne! Et puis mon regard a suivi les empreintes laissées dans la neige fraîche... Et là j'ai encore moins bien compris... Elles se dirigeaient vers une échelle apposée à  une sorte de pied d'estale... j'm'attendais à y découvrir une statue... celle de d'habitude... Tiens d'ailleurs, y a quoi ici d'habitude? Mais là y avait rien! juste une échelle...

Alors j'ai essayé de comprendre, j'ai pris une photo juste histoire de me dire que je n'ai pas rêvé et je n'ai pas pu faire autrement que d'élaborer des hypothèses... Et si...  Mais là si j'vous confiais à quoi j'ai pensé j'vous entends déjà vous dire "Pov' gars! Qu'est-ce qu'il peut s'en raconter des histoires à dormir debout!"

Alors j'hésite... je ne sais pas si vous y croyez vous... Mais ce matin au lieu d'aller acheter ma carte à gratter, je suis rentré chez moi et tout en marchant, je me suis dit que je devais continuer d'y croire après toutes ces années... Qu'avec ce que j'avais vu ce matin c'était forcément un signe... Qu'un ange déchu tombé du ciel qui y retourne direct en grimpant sur une échelle, c'est que ce n'est pas donné à tout le monde d'en être le témoin! Alors au lieu de jouer au loto et d'enrichir la Française des Jeux et bien je vais reprendre la poursuite de mes rêves... et reconstruire ceux qui ont été piétinés dans le passé...

De joyeuses fêtes gorgées d'espérance, ami lecteur...  (oué j'suis d'accord ça fait trop! mais j'avais envie!)

 

Publié pour kaléidoscoop le 26 décembre 2006.

mardi, 18 décembre 2007

Semaine 15

Demain en mains...

Il y a la main tendue pour venir en aide

Et celle qui guide délicatement le vieil aède

Il y a la main donnée pour traverser la rue

Et celle que l'on met pour se boucher la vue

Il y a la main ouverte pleine de promesses

Et celle qui incite à la tendresse

Il y a la main fermée de désespoir

Et celle qui invite à surmonter la peur du noir

Il y a la main lisse et douce comme une peau d'enfant

Et celle devenue rugueuse au fil des ans

Il y a la main qui fait chanter les cordes

Et celle qui voudrait que quelqu'un la morde

Il y a la main dévotement demandée au père

Et celle qui façonne laborieusement la terre

Il y a la main qu'on mettrait à couper

Et celle qui ne sait que frapper

Il y a la main qui ne lit que le braille

Et celle qui sait tricoter des mailles

Il y a la main droite levée en disant j'le jure

Et celle qui d'un seul coup devient capable de parjure

Il y a la main aux couleurs chatoyantes

Et celle qui encourage à remonter la pente

Il y a la main qui tire sur tout ce qui bouge

Et celle qui voudrait tout peindre en rouge

Il y a la main qui tremble pareille à la feuille

Et celle qui voudrait tant que quelqu'un la cueille

Il y a la main qui nourrit

Et celle qui joue de l'orgue de Barbarie

Il y a la main de l'Homme prête à construire

Pour embellir, secourir, susciter le désir

Et la même main saura aussi s'enfuir

Détruire, faire souffrir, anéantir

Et pourtant

Si seulement deux mains se rejoignaientsemaine_15

Elles écriraient le mot demain.

 

 

Publié pour kaléidoscoop le 18 décembre 2007

jeudi, 13 décembre 2007

Semaine 14

Aller simple

Il entra dans la pièce et la déshabilla instantanément : ses moindres détails ne lui échappaient plus depuis toutes ces années. Le papier peint défraîchit qui se décolle par endroits, la poussière toujours faite approximativement. Les bouquins entassés près du lit de son côté à elle (parce que lui il ne lit pas, ou si peu !), les photos des enfants au mur, et puis maintenant, depuis peu, celles du petit-fils qui vient de naître. Il s’assit sur le lit, écoutant le silence qui battait en rythme avec les gouttes de pluie qui frappaient au carreau. Il se sentait vide. Juste envie de s’allonger un peu, le temps que ça passe.

 

Il quitta ses souliers, s’appliqua à plier correctement le dessus de lit en le rabattant au pied, posa son pantalon sur la chaise, dégrafa sa chemise et la mit soigneusement par-dessus le pantalon. Et enfin, il s’étendit sur les draps. Il contempla béatement le plafond pendant des minutes qui auraient semblé, à qui aurait été présent, des heures ! Il fixait le vide… il sentait le vide… il se sentait vide… Une raideur dans la nuque le poussa à se tourner un peu… machinalement il le fit de son côté à elle et ses yeux se mirent alors à fixer sa table de chevet. Une lampe. Sa lampe. Un livre avec un marque- page au ruban rouge qui dépassait… et un pompon qui pendouillait à la clef de son tiroir… Il se mit à jouer avec, sans s’en rendre compte, absent comme il était… et puis dans le prolongement de ce geste futile il ouvrit le tiroir… et il les découvrit… collées les unes aux autres…

 

Elle en première communiante, c’est dingue elle ressemble à une mariée ! Sauf que faute de moyens ils s’étaient mariés à la mairie, en petit comité, merci les gars de nous avoir toujours soutenus… Vous étiez toujours là dans les moments difficiles… pour les moments de joie aussi… Quand la grande est née et que la voiture était au garage, vous aviez débarqué tous ensemble… Ils ne comprenaient rien à l’hôpital… Vous m’aviez porté sur vos épaules en hurlant dans les couloirs « C’est lui le père !!! »  Et les infirmières vous avaient fait les gros yeux pour vous faire taire… Qu’est-ce qu’on avait ri… Je n’avais même pas eu le temps de m’inquiéter pour toi ma Belle… ni pour notre mouflet… enfin, notre mouflette…  J’avais une fille !!! Et le soir en rentrant à la maison je vous trouvais toutes les deux à m’attendre… comme c’était bon de rentrer chez nous… Quand elle a eu quatre ans, elle m’avait fait un dessin pour la fête des pères, et de sa petite main elle avait écrit « PAPA »… Tiens d’ailleurs il est où ce dessin ? Comment vais-je désormais faire pour retrouver ce que tu as si bien rangé toutes ces années durant ?... Trois ans plus tard s’annonça la naissance d’un second héritier… Nous étions plus à l’aise financièrement, nous avions même pu nous offrir cette petite semaine à la mer l’été suivant… Tous les quatre : les enfants, toi et moi… heureux d’être ensemble et de marcher sous ce soleil resplendissant… C’est sûrement pour ça que tu as gardé ces photos toutes jaunies par le temps qui passe… Pour te se souvenir de tous ces bons moments quand je te laissais des fois seule à la maison à cause du travail… Pour te souvenir de ces moments passés tous ensemble devenus plus rares depuis que les enfants ont quitté la maison…  Et puis cette-ci sur laquelle on voit ta mère couper leur gâteau d’anniversaire de mariage… Moi aussi j’aurais voulu qu’on les fête nos noces de Diamant… Dis ?! Pourquoi m’as–tu laissé si tôt ? Je vais faire comment sans toi moi maintenant… hein ?! J’aurais voulu que tu reviennes avec moi ce matin, mais non, tu es restée là-bas… Les gars étaient dans le couloir comme il a longtemps maintenant… Mais cette fois,  quand je suis sorti de ta chambre, ils m’ont serré dans leurs bras en me disant « Allez viens mon gars, on te ramène chez toi, tu as besoin de reposer… »

 

Et ton bouquin, hein ? Celui que tu étais en train de lire… Qui va me le raconter maintenant?c7c355f6b683276b046ced8a1ce916d5.jpg

Allez reviens s’il-te–plaît mon Amour…

 

 

Publié pour Kaléïdoscoop le 13 décembre 2007

mercredi, 05 décembre 2007

Semaine 13

Prétérition(s)*

1) Il y avait déjà eu dans le genre:

magritte

 

Et puis ça avait donné (non sans poésie):

granny

Donc forcément ça pouvait évoluer en:

Ceci n'est pas un Président

sarko

Mais pour cela, il aurait fallu disserter sur la notion de signifiant et signifié... et ça aurait gonflé tout le monde et surtout moi en prem's parce que c'est mercredi!

2) J'aurais aussi pu avancer "qu'il ne faut pas en parler parce qu'on ne sait jamais qui on va contrarier" en plagiant Edward Bloom (dans Big Fish) : lui il parle de la religion, mais en politique c'est un peu pareil... non?!....... si!!!!

3) Donc lâchement, je me défilerai et tairai mes opinions en ce qui concerne ce cliché au sujet duquel, dans quelques milliers d'années, les extraterrestres en tombant dessus s'étonneront de voir ô combien l'espèce humaine est rebutante voire insignifiante... Ils se demanderont peut-être même si c'est le drapeau qui a été photographié (une dernière fois, avant que la France ne devienne la Sarkosie, Terre devenue (in)hospitalière)  vu qu'en fait bah c'est surtout le drapeau qu'on voit et cet arrière-plan à la connotation élitiste... Sarko à la manière d'un rat (mais de bibliothèque!)... arf! tais -toi Lili!

Non, tout ce ci ne serait pas très sérieux alors... je me tais et n'en dis rien... ou presque!

* La prétérition est une figure de rhétorique consistant à parler de quelque chose après avoir annoncé que l'on ne va pas en parler. Elle permet de ne pas prendre l'entière responsabilité de ses propos. C'est une figure de rhétorique par excellence, en ce qu'elle influence l'attitude de l'interlocuteur, elle éveille son attention, ou attise sa curiosité. (Merci Wikipédia!)

N.B.: J'aurais pu ajouter que Sarko est maître en figures de rhétorique et autres stratagèmes pour attirer les faveurs de son auditoire mais ce serait surenchérir et ajouter à ce procédé qu'est celui de la prétérition celui de la mise en abîme... et là je sens que je vais vraiment faire chier (restons politiquement correct!) faire suer tout le monde pour de bon!

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