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mercredi, 14 mai 2008

Semaine 36

Une fois de plus...

   Ce soir-là, elle se coucha, épuisée, à bout de force, et pourtant le sommeil ne venait pas… Incapable de se relever, même pour aller boire un verre de lait chaud ou avaler sa petite pilule miracle… Impossible… Trop tard… Elle était condamnée à cette position horizontale pour quelques heures… jusqu’à ce qu’une heure décente s’affiche enfin sur le mur… Chaque fois c’était la même chose… Et chaque fois elle se disait qu’elle n’aurait pas dû boire ce café vers 17h… Mais là encore, il était trop tard, le mal était fait… Il ne lui restait plus qu’à assumer ses actes. Une fois de plus. Et une fois de plus, elle s’endormirait un quart d’heure avant que le réveil ne sonne… et elle se lèverait les yeux gonflés de sommeil… comme à chaque fois… Alors elle se mit à écrire dans sa tête comme à chaque insomnie…

Elle laissa alors ses pensées divaguer au fil des minutes qui s’égrenaient à la manière des grains de sable du vieux sablier de la cuisine, celui qui avait pris l’humidité, tout lentement...

penduleDe ces éternelles minutes naquit une silhouette… celle d’une passante croisée plus tôt dans la journée : une jeune et jolie maman accompagnée d’une poussette vide et d’un petit château branlant en culotte courte. Scène de la vie ordinaire, un jour de grand beau, rue du Moulin Vert à Paris. Cette apparition lui serait certainement disparue de l’esprit si celle-ci n’était pas en train de tenir un long soliloque silencieux. L’enfant se tenait derrière elle, et elle n’avait pas de kit main libre coincé dans l’oreille. Ses lèvres s’agitaient au rythme de ses pensées, étonnante valse buccale et muette. Pas si ordinaire cette scène finalement…  Qui était-elle ? Comment, si jeune, pouvait-elle marmotter à la manière d’une vieille octogénaire ?

Et comme le sommeil ne daignait toujours pas venir la cueillir, elle s’inventa l’histoire de cette toute jeune femme. Une rencontre amoureuse sur les bancs de la fac. Deux ans plus tard un mariage en blanc. Un « oui » pour la vie devant un curé, aux pommettes saillantes et rouges, pressé d’en finir. Seuls les invités s’en étaient rendu compte parce que de son petit nuage, elle ne voyait rien. Que l’immensité du bonheur qui s’offrait à elle. Un an plus tard cet enfant était né. Et deux mois plus tard. Le chaos.

Un feu rouge grillé. Un choc. Un coup de fil. Un silence lourd et pesant. Les aiguilles de la pendule qui s’immobilisent. Les larmes. Les cris. Puis elle avait saisi l’enfant dans ses bras si fort, trop fort, que le petit s’était mis à son tour à pleurer. Et puis l’incroyable tourbillon de coups de fil. Valse effrénée et sans fin. Avec le son. Avec les voix. Elle n’écoutait qu’un mot sur deux. Toujours les mêmes paroles qui se veulent réconfortantes mais vaines. Et puis… les funérailles, les mains posées sur son épaule, les baisers mouillés de larmes, le petit bonhomme dans son landau, les fleurs, les mots gentils, le retour à la maison, les gens qui ne partent pas de peur de vous abandonner à votre désespoir, et vous qui n’attendez qu’une chose… Qu’ils soient tous partis pour enfin pouvoir vous laisser glisser sur le carrelage, pleurer vos sanglots fracassants, parce que fracassée vous l’êtes à jamais… Ce bonheur arraché trop tôt…

Mais aux sanglots ont succédé des gazouillis, ses premiers rires, ses premiers pas, ses premiers pas… Et comme il grandissait, vous vous releviez au rythme de sa croissance… Et puis vous vous êtes mise à lui parler. En silence. Inutile qu’on vous prenne pour une folle… Veuve c’est déjà pas mal… Et depuis vous ne cessez plus de lui raconter les exploits du petit homme de votre vie... Vous en oubliez même de vous surveiller quand vous êtes en public… Du coup,  les gens s’étonnent de vous voir marmonner si jeune, jolie maman accompagnée de ce petit château branlant en culotte courte…

    Imbibée de larmes de papier et de gazouillis imaginaires… plongée dans les abîmes de la nuit… Elle finit par s’endormir… un quart d’heure avant que le réveil ne sonne... Une fois de plus…

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Commentaires

la nuit si salvatrice en tant ordinaire devient une torture quand on parle aux ombres
joli texte
très joli..
de tes mains ?

Ecrit par : francouas | mercredi, 14 mai 2008

voui de mes deux doigts!... sinon je précise toujours le nom de l'auteur... :-)

Ecrit par : Rouge | mercredi, 14 mai 2008

félicitation bis alors

combien de temps as tu mis pour ecrire cela ? (saine curiosité de ma part)

Ecrit par : francouas | mercredi, 14 mai 2008

je ne sais pas en fait... derrière mon clavier? une heure... peut-être plus...

merci... :-)

Ecrit par : Rouge | jeudi, 15 mai 2008

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