mercredi, 10 juin 2009
Ô raison
Trois jours qu’il pleut sans interruption. La terre est trempée de pluie et de larmes. Trois jours que tu nous as quittés. Ils m’ont demandé d’écrire l’oraison qui sera lue à l’église. Et je ne sais pas comment m’y prendre. Tous les mots qui me viennent, j’aurais voulu que ce soit toi qui les entendes… Toi… pas eux… A travers mes mots, j’ai peur de ne pas savoir cacher les sentiments que j’avais pour toi, comment faire autrement ?, je vais les laisser entrer dans notre histoire, et je n’en ai pas envie… Pas envie de transformer ce dernier hommage en mauvaise série B avec, pour téléspectateurs, tes proches, nos amis de toujours, ceux à qui nous n’avions rien avoué… Et puis, maintenant que tu n’es plus parmi nous, comment leur dire la vérité ? Je ne sais même pas si tu m’accorderais ce droit de dire ce que tu as voulu cacher durant toutes ces années…
Tu me disais qu’ils ne comprendraient pas, qu’ils sont de ceux à la morale bien-pensante, que dans le meilleur des cas ils te diraient que ça te passerait, que ça nous passerait… Ils diraient que l’homme est faible, qu’il peut lui arriver de trébucher, voire de tomber à genoux, mais qu’il regorge aussi de cette force qui l’aide à se relever, et à redresser la tête. Ils penseraient que ce ne serait qu’une erreur de parcours, une embuscade, un piège de la vie dont on se débarrasse avec le temps ou d’un coup de bistouri. Alors nous n’avons rien dit. Tout ce temps, nous nous sommes tus. Nous nous sommes joués de ce qu’ils diraient s’ils savaient, et ils n’ont rien su. Mais nous n’avions pas prévu que tu partes si vite…
Quand je suis rentré de l’hôpital, je me suis laissé tomber sur le canapé, et j’ai cru que j’allais m’effondrer de sommeil. Je n’ai pas pu… Les larmes non plus ne voulaient pas sortir. Je me suis recroquevillé sur le coin du canapé que tu occupais quand nous regardions un film ensemble. J’ai fixé le poste éteint, écran noir, en deuil. Et dessus s’est déroulé le film de notre histoire. Un long métrage vu le nombre d’années que nous avons partagées. J’ai souri beaucoup, je fus ému aussi, et puis doucement, les larmes se sont mises à rouler sur mes joues. Je m’en suis aperçu quand du bout de mon index je suis venu me sécher la lèvre supérieure qui me démangeait. J’étais entré, sans m’en rendre compte, dans une espèce de torpeur anesthésiante. Mon cœur battait au ralenti, figé dans l’obscurité de la pièce, je laissais s’égrener les secondes comme si elles étaient tes dernières pulsations. Fin du film, pause, arrêt sur image définitif.
Je crois bien que je suis resté comme ça tout ce temps, jusqu’à ce qu’ hier mon téléphone sonne. Je me suis demandé ce qu’il se passait avant de comprendre. Ça faisait deux jours que je pleurais sans interruption au rythme des gouttes qui claquaient contre la vitre, seule la pluie m’indiquait que dehors la vie continuait. J’ai trouvé ton numéro dans son répertoire, alors je me suis permise de t’appeler, je pensais que, puisque tu étais son meilleur ami, ce serait bien que ce soit toi qui écrives le texte qui sera lu à l’église… Tu comprends, la famille est trop effondrée (ou trop pas concernée ?), et puis tu le connaissais mieux que personne…(ça, c'et le moins qu'on puisse dire!)
Je n’ai pas pu dire « non », elle en déduit que c’était un « oui ». Mon silence pourtant disait « mais quelle connerie tout ça, l’église, rien que l’église, il n’aurait jamais voulu… Et puis moi je ne peux pas, tout ce que je peux dire c’est que sans lui, j’ai envie de mourir à mon tour, sans lui ma vie n’aurait pas été la même, elle aurait été fade, insipide, ennuyeuse, inodore… Il était mon piment, ma joie de vivre, mon rayon de soleil, le phare qui s’allumait quand je ne savais plus où aller, il était mon mentor, mon maître, mon guide, il était tout ça, et tellement plus encore… Il était mon autre… Je l’aimais…Mais vous ne voulez pas savoir tout ça… Vous n’avez jamais voulu savoir alors maintenant qu’il n’est plus, pourquoi l’admettriez-vous ? Donne-t-on davantage sa chance aux morts qu’aux vivants par chez vous ? Même ça, il ne l’aurait pas voulu… Il aimait bien trop la vie… » Il aimait bien trop la vie… au point qu’il en a crevé…
Ah ! Tiens ! Je pourrais commencer là-dessus, c’est bien, ça te ressemblerait :
« Parce que Tu étais ma la vie, mon le modèle à suivre en toutes circonstances, me voici bien en peine de me démêler seul pour évoquer, avec mes maux mots, qui Tu étais… Nous nous sommes embrassés rencontrés il y a plus de vingt ans, alors que je venais d’arriver sur Paris, encore empreint de ma candeur naïveté provinciale, nous avions le même âge, mais tu en savais bien plus que moi sur les joies périls qui nous attendaient … »
By Rouge pour Kaléïdos-coop
10:04 Ecrit par Rouge dans Cabinet d'histoires | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, nouvelle, alter ego, amour











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Commentaires
Tiens, soan est gay ?
Mouarfff !!!!
Ecrit par : Ash | mercredi, 10 juin 2009
Deux semaines sans écrire, est-ce bien raisonnable?
Ecrit par : el desdichado | jeudi, 25 juin 2009
Ash> tu sembles mieux le connaître que moi!!!
ElD> ça compte les leçons copiées au tableau?
Ecrit par : Rouge | jeudi, 25 juin 2009
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