mardi, 25 août 2009

L'étoile a pleuré rose

 

2.JPG

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"L'étoile a pleuré rose au coeur de tes oreilles,

L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins,

La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles,

Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain. "

Arthur Rimbaud.  

 

lundi, 24 août 2009

Du fétichisme

Suite à la lecture d'un billet posté par Gi, je me suis retrouvée à faire la malotrue en rebondissant sur un commentaire qui faisait écho au mien que je reproduis ici fidèlement; en effet,  une amorce de dialogue avec Steph s'est  installée et pour ne pas gêner les lecteurs de Gi, je pousse un peu les bouquins, non je ne renverse pas la tasse da café (elle est vide!) et voilà, la place est nette:

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Un billet qui finit de me convaincre que j'aimerais aller là-bas!
Je n'ai pas (encore) lu ce Zweig, mais il sera l'occasion de faire connaissance avec Marie Stuart... Néanmoins, si vous ne les avez pas lus je vous conseille: les troublantes "Vingt-quatre heures de la vie d'une femme ", la subtilité de "La Confusion des sentiments" et l'inédit "Voyage dans le passé" qui vient seulement d'être publié...
Une note qui évoque à la fois l'Ecosse et Zweig... non je ne regrette pas d'être passée!

Ecrit par : Rouge | 24 août 2009

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Alors là, il vient de m'arriver une petite chose très amusante... j'allais écrire mon petit commentaire quand me vint l'idée de lire celui qui me précédait... quelle ne fut pas ma surprise de découvrir qu'il reprenait les termes presque exacts de ce que je voulais écrire!!! Une ôde à Stefan Zweig!

Cette impression laissée par des objets, je l'ai moi même ressentie ce WE au musée d'art moderne de la ville de Paris devant 2 Modigliani. Bien sûr, il y avait l'image en elle-même, le style magnifique, cette couleur indescriptible des yeux sans pupilles bref, l'art. Mais j'ai été touché aussi par l'objet en lui-même. Me disant qu'il restait peut-etre quelque part une empreinte digitale de ce peintre, que le coup de pinceau, la signature étaient de lui. Que ce tableau, maintenant protégé par des capteurs si tu t'en approches trop, a surement trainé dans des ateliers ou des chambres immondes. C'est toute cette histoire qui m'a ému. Peut-être un peu comme vous devant ce lit....

Ecrit par : Steph | 24 août 2009

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Gi> ça ne se fait pas de rebondir sur un commentaire sur un blog autre que le sien?! non, je crois bien que non... mais tant pis soyons folle je le fais quand même! une fois n'est pas coutume!( Non Gi, rassurez-vous, je n'irai pas jusqu'à quémander une tasse de thé, loin de moi l'idée d'abuser!) j'espère que vous saurez me pardonner...

Steph> c'est drôle dans ce que vous écrivez (oui chez Gi le vouvoiement est de rigueur! et même si je tape l'incruste je respecte les règles de l'hôtesse de maison!!!) parce que j'ai ressenti précisément la même émotion devant deux tableaux de Van Gogh au National Galery de Londres (dont une version des Tournesols)... les couches de peinture épaisses m'ont fait monter les larmes aux yeux... je pensais à ses lettres à Théo... j'ai senti sa présence, j'ai imaginé ses doigts sur la toile... il était là!

Ecrit par : Rouge | 24 août 2009

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Gi> je ne suis pas La Madame de Rotschild du "bien se comporter" dans un blog mais je crois que ça ne se fait pas de rebondir sur le rebondissement sur un commentaire dans un blog autre que celui qui est l'auteur du rebondissement sur un blog qui n'est pas le sien... (on reprends sa respiration... :-) ) mais vous m'aviez gentiment invité à revenir quand je le veux alors je me permets de le faire en espérant que vous saurez me pardonner cet écart

Rouge> cette anecdote que vous racontez me comble d'aise, vraiment. Ce sentiment m'était apparu un peu "fétichiste". Je ne le suis donc pas.... cela me rassure. Après tout, c'est cela qu'on va voir dans un musée. L'original, celui que le peintre a touché!

Ecrit par : Steph | 24 août 2009

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Steph> à moins que nous ne le soyons toutes deux ... "fétichistes"! Allez savoir! (pour en débattre, si vous le souhaitez je vous propose de nous retrouver "chez moi"! il suffit de cliquer sur mon pseudo!)

Gi> non merci douce Gi, je ne mets pas de sucre dans mon thé! hihihi!!!

Ecrit par : Rouge | 24 août 2009

Pour recentrer le débat, il s'agirait donc de savoir si le fait d'être ému(e) (aux larmes) devant une oeuvre originale (en l'occurrence un tableau) relèverait du fétichisme?! Est-ce bien cela Steph?!

 

Hallucinée

absinthe.jpg

"Je m'habituai à l'hallucination simple: je voyais très franchement une mosquée à la place d'une usine, une école de tambours faite par des anges, des calèches sur les routes du ciel, un salon au fond d'un lac; les monstres, les mystères; un titre de vaudeville dressait des épouvantes devant moi.

Puis j'expliquai mes sophismes avec l'hallucination des mots!"

A.R. " Alchimie du verbe" in Une Saison en enfer

...

Lire Rimbaud "littéralement et dans tous les sens", serait donc accepter que "le sens littéral n'exclut pas la multiplicité des sens possibles. Au contraire, il l'ouvre et il la justifie."

in Dictionnaire des littératures de langue française

sous la direction de Jean-Pierre de Beaumarchais

Moi j'dis qu'avec une conclusion pareille,  je suis bien avancée!

Il me reste pas d'autre choix: Quelqu'un pourrait-il me transmettre les coordonnées du dealer d'Arthur que j'en finisse enfin?!

 

samedi, 22 août 2009

La Vérité ou presque

"On peut s'aimer pour toujours, mais pas tout le temps,

c'est ça, la vérité!"

 

vérité.jpgCa commence par une envie, celle de se faire du bien en ne faisant rien!... Il n'existe pas des milliers de possibilités:  la projection d'un DVD s'impose!

Ca continue par le choix du DVD qui se fera selon l'humeur et le titre du film... Pour ce soir, ce sera de préférence un de ceux qui laissent présager des dialogues savoureux comme j'aime (bon d'accord les commentaires au dos du film et la distribution aident à se forger une opinion préalable!!!)... Besoin de recharger les batteries...

Suivent la mise en route du lecteur, le jeu avec les 36 télécommandes... découvrir l'absence de piles (se dire une fois de plus que le chat, il a bon dos!) ... trouver les piles... mettre les piles... pas celles-ci trop petites... ah les voilà!... régler le bon canal... j'y suis...

S'installer en position légume sur le canapé... Enclencher la lecture... Et s'étonner du début... aux notes de jazz... Relire les commentaires au dos du boitier et s'apercevoir que oui il est bien question d'une chanteuse de jazz sur laquelle Dussolier veut écrire une biographie...

Tiens, ça tombe bien... Là aussi ça faisait partie des envies du moment! Heureux hasard! Voici donc une bonne façon de l'apprivoiser davantage (le jazz pas le chat!)...

Et tout au long du film se laisser embarquer par les dialogues effectivement délicieux, un jeu de comédiens hors pair (il y aussi la divine Karin Viard), et des situations amoureuses enlevées, se laisser bercer par ces sonorités jazzy et par cette voix... celle de Pauline Anderton...  

Fin du film... S'appliquer à ne pas ranger les télécommandes (mais bien veiller à remettre le film dans le boitier)!!!

... Pauline Anderton... S'appliquer à retenir son nom pour aller de ce pas la retrouver sur deezer! Et v'là t'y pas que son nom ne figure que sur une intro!... Intro donc pas de voix!... C'est y qu'on m'aurait menti?! Chercher, fouiller, et découvrir enfin que Pauline Anderton est une chanteuse de jazz FICTIVE! Merdoum! Pourtant j'ai bien entendu une voix de femme sur la B.O.!!!!

Je continue donc de chercher (un peu pugnace la fille!) et ô bonheur extatique! Non seulement elle s'appelle en vrai Catherine Olson mais en plus elle vit encore! La preuve en son et en image avec son myspace ici. Sinon yapluka cliquer en-dessous!

 


Je est une autre

Je est une autre. Souvent quand  je regarde ces photos de moi qui date de quand j’étais petite, je me demande ce qu’il reste de l’enfant que j’étais. Facile, me répondra qui me connaît, il te reste tes joues ! Et puis tes yeux, ton regard, ils n’ont pas vraiment changé. Et pourtant je ne peux pas regarder cette petite fille sans mesurer la distance parcourue. Bien sûr qu’elle n’est pas devenue une étrangère, je suis tout de même animée par ce sentiment de l’avoir toujours connue !, mais j’ai beaucoup de mal à me convaincre que je fus ce « moi » là.

Ce sentiment, je le ressens aussi quand je regarde seulement quelques années en arrière. J’identifie certaines constantes essentiellement liées à mes traits de caractère (bien trempé pourrais-je ajouter ?!) mais c’est comme des tranches de vie juxtaposées dans lesquelles j’aurais joué un premier rôle chaque fois différent. Je serais donc chaque fois un peu la même et chaque fois un peu différente… N’est-ce pas cela que nous nommons l’évolution ? Comme ce terme est moche, on a l’impression que je parle de l’évolution de l’espèce, mais en quelque sorte oui, puisqu’il s’agit de mon espèce à (de ?) moi…  

Quand j’étais petite on m’aurait répondu que je grandissais tout simplement mais aujourd’hui comment le dire ? Bien sûr, passé un certain âge, âge auquel nous cessons de grandir d’un point de vue morphologique, nous disons « vieillir »…Or dans notre société ce verbe revêt soit une connotation péjorative, mise en exergue dans cette oxymore ridicule « vieillir jeune » qui traduit une véritable régression sociétale, soit une connotation méliorative, évoquant l’accès à la sagesse tant convoitée…Mais quand je me regarde dans la glace, si je me dis que j’ai vieilli , c’est que je focalise sur l’image que je renvoie, et notamment sur les ridules qui marquent mon front (et ce ne sont pour la plupart que des rides d’expression, puisque j’ai toujours mes joues de petite fille !). Et là je mesure de nouveau la distance entre ce que je suis en dehors de moi et que j’expose au regard d’autrui et ce que je suis au- dedans. Et je me perds sur le chemin parcouru sur ces dizaines d’années (presque quatre en tout !) et je me demande, mais qui suis-je vraiment? Suis-je cellenerval.gif d’aujourd’hui tout en étant celle d’hier ou bien suis-je déjà celle de demain ? Et là, je flirte gentiment avec la schizophrénie à un stade déjà avancé ! Pourtant j’ai beau faire, je ne renie rien de ce que je fus ou ai été, mais je ne suis pas toujours sûre de bien me (re)connaître… "Je suis l'autre" inscrivit Nerval sous son portrait...

 

Aussi lorsque j’entendis le 13 juillet dernier une interview de Marie-Christine Barrault sur RTL, pour la chronique « Parlez-moi d’amour », animée par Alain Duhault, je me dis enfin que je devais être simplement « quelqu’un comme elle »…

« Pour moi, dit-elle, l’amour,  c’est une seule chose dans la vie d’un être humain, enfin en tout cas pour quelqu’un comme moi, c’est un seul mouvement : c’est un peu comme une symphonie ou une sonate, il y a différents mouvements et c’est la même musique qui continue. Et  là où on s’arrête avec un mouvement, c’est là qu’on reprend le mouvement suivant […]. »  Et la vie c’est un peu ça aussi non ?  « une même musique qui continue » à laquelle chaque jour apporterait sa propre note, son propre rythme : des blanches pour les journées qui n’en finissent pas, des demi-croches pour les journées trop remplies… Et puis évidemment il y aurait la gamme qui se jouerait selon les sentiments éprouvés, en clé d’ut pour ma part s’il -vous-plait…   Mais tendons l’oreille, elle poursuit : «  C’est ce qui fait aussi ma fidélité à tous les gens que j’ai aimés. C’est-à-dire que je ne peux pas les oublier ou les faire disparaitre de ma vie ou même de ma mémoire simplement puisque, de toute façon, c’est eux qui m’ont menée là où le suivant m’a pris par la main. Donc il est très très important que je puisse tisser cette toile qui m’a menée jusqu’à aujourd’hui […].  » Serait-ce là la réponse ? Serais-je enfin l’essence même de cette toile tissée par les rencontres que j’ai faites, par les souvenirs que j’ai gardés en mémoire, ou pas, par les sourires que je revois les yeux fermés, par ces phrases que j’ai retenues, par ces promesses (non) tenues… cette toile qui se tisserait subrepticement sur mon visage… ?

 Et là je m’interroge de nouveau…  Comment nommerait-on cet art divinatoire qui consisterait à lire les lignes de nos visages ? La Ridomancie ?!  

 

NB : Pour entendre l’intégrale de la chronique : ici 

vendredi, 21 août 2009

"Le Coeur en dehors" de Samuel Benchetrit

benshetrit.jpg" Au début, je croyais que Rimbaud c’était une tour. Parce qu’on dit la tour Rimbaud. Et puis mon copain Yéyé m’a raconté que Rimbaud était un poète. Je voyais pas trop pourquoi on avait donné le nom d’un poète à ma tour. Yéyé a dit que c’était parce qu’il était connu et mort depuis longtemps. Je lui ai demandé s’il était mort après avoir vu la tour. Yéyé a dit que non, il était mort vraiment avant. J’ai dit que valait mieux pour lui, parce que la tour est sacrément moche et qu’il aurait eu drôlement les boules d’avoir son nom sur un truc pareil. Yéyé a dit que lui aimerait bien qu’on donne son nom à des machins. Je lui ai dit que je trouvais débile d’habiter tour Yéyé. Il m’a dit d’aller me faire foutre et que mon nom c’était pas mieux.

 

Je m’appelle Charly.

— Tour Charly ça fait encore plus con que tour Yéyé.

J’étais d’accord mais je lui ai quand même dit d’aller se faire foutre.

On a continué à parler comme ça, parce qu’il y a un paquet de poètes qui ont des choses à leur nom dans le quartier. Tour Verlaine. Cité Hugo. Centre d’activité Guillaume-Apollinaire. Et tous ces machins sont plus moches les uns que les autres. Mais les poètes sont morts avant de le savoir, alors ça va. […]

J’aime bien les poèmes. J’en ai lu quelques uns de Charles Baudelaire. Et même quand je comprends pas, je trouve ça beau. J’ai l’impression que c’est pas très important de comprendre vraiment. Ces hommes-là sont différents. C’est comme de pas comprendre nos rêves. Personne nous en veut pour ça. […] "

 

Extrait de Le Coeur en dehors

de Samuel Benchetrit (vient de paraître chez Grasset)

 

 

 

N.B. : L'intégralité du chapitre 1 est ici! ( et il y a le début du chapitre 2 en prime!)

N.B. 2: Une fois n'est pas coutume, c'est grâce à une pub (d'une célèbre enseigne rouge) reçue dans ma boîte mail que je viens de le découvrir: ils viennent de marquer un point en me signalant ce coup de coeur!  Bien vu les gars!

N.B.3: Aux mauvaises langues qui se demanderaient (trop justement) si je bosse vraiment, je répondrais ceci: OUI! Mais entre Voltaire et Rimbaud qui s'érige devant moi telle une ithyphallique tour imprenable, p*** j'en c***!

N.B.4: Rien. J'y retourne... " Je dis qu'il faut être voyant, se faire voyant. Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. [...] "  (Rideau)

 

Oh! Comme c'est curieux!

"Tout est affaire de décor 
Changer de lit changer de corps 
À quoi bon puisque c'est encore 
Moi qui moi-même me trahis.."

Louis Aragon "Est-ce ainsi que les hommes vivent"

    Quand j'ai découvert la "boîte à caprices" de Monsieur Oh!, je me suis interrogée sur ce que je pourrais bien lui demander de fantasque...

Je me suis d'abord résignée, tout en me disant que décidément il ne devait pas y avoir de capricieuse qui sommeillait en moi (on peut ne pas être parfaite! et je revendique ce droit à l'imperfection d'ailleurs!) et puis a germé cette variante de plutôt formuler un souhait. J'aurais évidemment pu lui demander de m'offrir une nuit avec Brad Pitt, mais je tiens à préserver cette image de princesse aux pieds nus. Or chacun d'entre nous sait très bien que les princesses ne se livrent à aucune débauche... encore moins sexuelle: les contes de fées nous le diraient!

Je me suis alors souvenue d'une sorte de questionnaire qu'on s'envoyait de blog à blog  (depuis le terme de "tag" est apparu!) dans lequel une des questions demandait quelles personnes nous inviterions à un dîner imaginaire. A l'époque j'avais répondu que je recevrais avec grand plaisir tous les gentils fantomes qui me font l'honneur de leur présence à mes côtés chaque jour qui passe... C'est donc ainsi que je soumis l'idée de réunir "autour d'une même table des auteurs morts et des êtres de papier"... Notez bien l'évolution des convives qui trahit sans doute mon environnement actuel... (Il est grand temps que je reprenne le chemin des écoliers, je vais finir par me métamorphoser en rat de bibliothèque! Or qui dit "rat de bibliothèque" me rappelle le professeur de latin que j'avais à la fac! Par pitié, Seigneur,  faites que je ne lui ressemble pas, jamais! Il y avait un peu de bave qui blanchissait ses lèvres dès qu'il avait parlé un peu trop longtemps... Le pauvre, il doit être mort lui aussi depuis tout ce temps! Paix à son âme! Et si des fois il est encore parmi nous, ce sera bien l'une des rares occasions que j'aurais eu de l'évoquer alors je ne retire rien de mes propos!)

bureau aragon.jpgBref! Je postai donc ma requête il y a deux jours, requête à laquelle Monsieur Oh! a répondu chez lui ce matin se livrant à une interprétation perspicace de mon souhait: une photographie du  bureau de Louis Aragon au Moulin de Villeneuve, à Saint-Arnoult-en-Yveline. Aussi quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que la pièce dans laquelle j'ai la chance d'étudier ressemble étrangement à son bureau... Pas plus superstitieuse que capricieuse,  je vais tout de même de ce pas allumer quelques bougies et réciter quelques incantations... On ne sait jamais! Peut-être bien que les esprits bienveillants de ceux qui me hantent, par les difficultés auxquelles ils m'exposent à travers leurs écrits en ce moment, viendront à bout de certaines obscurités!!! (tout comme cette phrase bien trop longue!) Quoique.. Vues les conditions dans lesquelles fut enterré Voltaire d'une part, et les souffrances qui emportèrent Rimbaud d'autre part,  je ne suis pas intimement convaincue de leur bienveillance sur les vivants...

Message personnel à Oh! : Si des fois je réussissais dans cette entreprise hasardeuse, je saurai te montrer toute ma gratitude!!!

 

Sous-vide

Tu me dis avoir une sainte horreur du vide

 

Mais tu t’emploies si bien à le dévider

 

Que je vide grenier mes idées noires

 

A moins que  je ne les vide ordures

 

En attendant  je suis vidée

 

De vidange en vie de rien

 

J'ai la vidure des anges

 

Tel un vide-poche

 

Renversé net

 

Je passe à

 

vide

 

*

Klein_saut_vide.jpg
Photo: Yves Klein Le saut dans le vide (1960)

jeudi, 20 août 2009

Notule noctambule

Hep, toi là-bas ! Oui, toi ! Non, ne te sauve pas ! Dis- moi toi ?! Oui toi là ! Approche… Tu crois que je ne t’ai pas vu avec tes yeux  posés sur moi comme des abeilles sur le pot de confiture ? 

Tu me déshabilles de ton regard, tu m’observes et me parcours. Certaines fois tu ne fais que m’entrevoir, d’autres tu t’attardes ou tu reviens… Des fois tu vas directement rendre visite à ma voisine et tu m’ignores complètement. De quoi me sentir telle une paire de chaussures dans une vitrine, convoitée par certains et invisible pour d’autres…  

Alors cette fois comme je te tiens, je voudrais que tu restes un peu, que tu me parles, que tu me fasses la conversation… Dis-moi ce qui t’a conduit vers moi ? L’habitude ? Le hasard ? Un intérêt particulier ? Peut-être venais-tu pour quelque chose de précis ? Et dans ce cas, ai-je répondu à ta demande ? Si tu ne me le dis pas, je ne peux pas savoir… Et puis entre nous, pas de manières, il ne manquerait plus que ça ! Tu sais bien que ce que tu me confieras ne sortira pas d’ici…

En plus, je me suis faite présentable pour toi, je me suis faite toute proprette, j’ai même aéré un peu pour que tu puisses te sentir à l’aise… Je n’irais pas dire que je me suis faite belle parce que je sais rester modeste, mais je ne suis pas venue devant toi comme si je sortais de mon lit, toute froissée !

Attention, je ne dis pas que je suis là pour te séduire, non pas que tu ne me plaises pas (en même temps, moi je ne te vois pas !),  mais sache que je suis toute à toi, offerte, libre et disponible… Tu pourrais presque faire de moi ce que tu veux… J’ai dit « presque » !... N’y vois pas de proposition indécente, jamais je n’oserais, je me contente de dire les choses telles qu’elles sont…

Bien sûr, j’embellis un peu, c’est mon défaut majeur ; en même temps, puisque je m’expose, il faut bien que je fasse un effort, non ?  Si j’arrivais devant toi comme au saut du lit, une haleine de poney, échevelée et les impressions des draps sur moi, je sais bien que tu détournerais le regard aussitôt ! Nous manquons d’intimité toi et moi pour partager cela ! Quoique… avec le temps… peut-être arriverai-je un jour devant toi, aussi naturelle qu’une tomate de ton jardin (ah ? tu n’as pas de jardin ? un balcon peut-être ? un rebord de fenêtre ?)…

Je viendrais avec mes mots à moi, sans artifice, mais je ne suis pas sûre de parvenir à faire autrement que de les mettre par ordre alphabétique… Je crois bien que je ne suis pas encore assez grande pour me passer de mon auteure… Par contre toi lecteur, si tu me lis, alors peut-être peux-tu aussi m’écrire….

 

Notule inspirée par le lecture étonnante de mes statistiques!

mercredi, 19 août 2009

Babouche et brodequin

  cabinet d'histoire2.JPG J’aurais pu être la fille naturelle d’un maître bottier et d’une pantouflarde, ou réciproquement,  tellement les souliers ont joué un rôle important dans ma vie.

Dès ma naissance, ma marraine la fée, haut perchée sur des talons aiguilles,  se pencha sur mon berceau et me souffla que je trouverais chaussure à mon pied le soir de mes vingt et un ans. Puis elle m’enfila deux petits chaussons lamés, d’un goût douteux,  fourrés de laine vierge.  Bien sûr que, nouvellement née, je ne perçus pas l’ampleur d’un tel oracle, mais je grandis à l’ombre de cet heureux présage. C’était comme si un ange gardien chaussé de brodequins m’accompagnait partout. Aussi mon enfance se déroula-t-elle sans encombre majeure, sous un regard bienveillant et enchanteur.

Le jour de mes vingt ans, le claquement tonitruant de ses talons m’annonça sa visite : elle venait me rappeler ce que je savais déjà au fond de moi, j’amorçai la dernière ligne droite avant le grand saut. Je profitai donc de la situation, et comme je savais ce que le sort me réservait, je vécus cette vingt-et-unième année sous le sceau de l’insouciance. J’usai donc mes semelles à parcourir le vaste monde et en profitai pour constituer une collection improbable de souliers dénichés aux quatre coins du globe : babouches marocaines, spartiates grecques, Converse new-yorkaises, espadrilles catalanes, mocassins indiens, décolletés italiens, ou encore sabots hollandais… Je les aimais tant que je m’amusais à en changer tout le temps. Je leur offris même une petite pièce pour les ranger, et au mur j’accrochai une reproduction  des Souliers de Van Gogh ! Collectionneuse monomaniaque certes,  mais pas encore fétichiste ! Pas encore… Aussi de fils en talons aiguilles, les jours, puis les semaines, et les mois s’écoulèrent, et je commençai à ruminer…

J’avais beau les avoir toutes portées, aucune paire ne me plaisait plus qu’une autre… et le doute commença à m’habiter. Etait-ce ces sabots si confortables mais pourtant fort bruyants ? Ou bien ces décolletés si élégants mais si périlleux ? Ces babouches peut-être, à la fois douillettes et colorées ? J’avais  beau me concentrer, aucune évidence ne s’imposait d’elle-même.

Le jour même de mon anniversaire, mon choix n’était donc pas arrêté et je commençais sérieusement à me morfondre… Aurais-je mal compris le sens de l’oracle ? Je décidai donc promptement d’aller prendre l’air et enfilai mes gros sabots. Ils résonnaient sur la chaussée et nul ne pouvait négliger ma présence. Une heure plus tard, je marchais toujours mais trainais de plus en plus les pieds à cause de leur poids que je parvenais désormais difficilement à ignorer.  Epuisée, je pris le chemin du retour et ce qui devait arriver arriva : en descendant d’un trottoir je me tordis la cheville. Je poussai un cri de douleur et me retrouvai assise par terre à pleurer. Un passant vint à mon secours et me hissa en sécurité sur le trottoir. Il commençait à faire nuit. Il me tendit un mouchoir en tissu, ce que je trouvai plutôt original. Ma cheville droite était gonflée et bleue, mais lorsqu’il me sourit, la douleur se dissipa. Il me proposa de me porter jusqu’à la pharmacie d’en face avant qu’elle ne ferme. J’acceptai timidement. Quand il ramassa mes sabots et qu’il me les tendit il me demanda si j’étais suicidaire. Avec des trucs pareils aux pieds c’était un miracle si je ne m’étais pas tuée. Je dodelinai de la tête pour lui indiquer que non, j’avais un coup de blues certes, mais pas à ce point ! Il passa alors son bras sous ma nuque et l’autre sous mes genoux et m’emporta de l’autre côté de la rue. J’aurais voulu que la pharmacie soit de l’autre côté de la ville ! Nous entrâmes en silence, et il me déposa sur une chaise qui attendait patiemment dans son coin. Il s’agenouilla devant moi pour me remettre le sabot au pied gauche. C’est alors qu’il m’appela Cendrillon. « Tiens ?! Comment savez-vous comment je me prénomme ? » m’enquis-je, surprise. Il se troubla, et me dit que non, il n’en savait rien, il avait dit ça comme ça, sans y penser. Puis il prit un air amusé et ajouta que j’aurais bien l’air embarrassé d’aller danser au bal ce soir dans cet état, par contre si j’avais le numéro de portable du cocher qu’il pouvait faire venir le carrosse. Il se moquait de moi et de ce fichu prénom, je me renfrognai. Il le vit et me chuchota à l’oreille des paroles de réconfort. Je souris en rougissant et là, je baissai pour la première fois les yeux, c’est là que je découvris ses pieds ! Il avait deux chaussettes en laine de couleurs différentes. Il surprit mon regard étonné. Il me confia alors que depuis tout petit il avait un problème avec les chaussettes, qu’il ne parvenait pas à conserver une paire entière, il faisait donc collection des orphelines comme il les appelait. Et son plaisir était de les associer selon l’humeur. Aujourd’hui c’était rouge passion et vert de l’espoir, ça tombait bien !… Je le regardai dubitative et mimai une moue boudeuse pour répondre à son air moqueur. C’est précisément à ce moment-là  que la pharmacienne s’avança : elle me manipula un peu la cheville en me disant que ça n’était pas grave, que demain on y remarquerait plus… Et quand elle se retira à l’arrière de son officine, j’entendis seulement résonner des talons aiguilles qui s’éloignaient. Je levai les yeux et souris. Nous sortîmes alors dans la rue, je pris mes sabots à la main, en princesse va – nu - pieds…

By Rouge pour Kaléidos-Coop

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