mercredi, 02 juillet 2008

Semaine 42 (poil aux cheveux)

Carte postale

 

Chouette! Enfin en vacances! A moi l'insouciance, le silence et l'absence... J'vais enfin pouvoir buller... lire... m'étourdir de musique...  peindre... hiberner... me terrer... dormir... me taire... m'isoler... me faire chier... et ne faire plus qu'un avec mon canapé!

P*** qu'c'est chiant les vacances! Vivement la rentrée! 

{ @ tout bientôt

Lili Bulle }

mercredi, 25 juin 2008

Semaine 41

Carpe diem

   Carpe diem… Cueille le jour (avec la métaphore)… Profite de l’instant présent (sans la métaphore)… C’est ce que je fais depuis… Depuis combien de temps en fait ? Pas si longtemps pourtant… Depuis que cette fichue tuile m’est tombée sur la tête… Depuis que j’ai compris que la vie c’est cette garce tour à tour enivrante et funeste… Depuis la seconde où tout s’est arrêté… Depuis la seconde suivante où le souffle court mais encore en vie, je me suis dit que si je n’étais pas morte, je serai plus forte… Alors depuis je cueille, je fais des bouquets d’instants aussi précieux que futiles, des instants éphémères perpétuels, de grandes brassées de jours qui s’enfuient, d’instants qui s’immobilisent le temps d’une seconde pour devenir souvenirs… Et je souris, je ris pour mieux les faire résonner à la surface de la terre… Pour mieux les partager aussi… Parce que décidément les larmes sont silencieuses et pudiques… Carpe diem

   Je viens de passer une heure avec toi, mais je sais que tant que je suis là tu ne peux pas te reposer, tu te sens obligée de faire semblant, de sourire, de répondre à mes rires… qui te font sentir vivante mais malgré toi, malgré moi, qui t’épuisent… Alors je suis sortie, prétextant l’envie d’une clope, et je suis allée déambuler dans les couloirs pour enfin parvenir à cette chapelle à la fresque, au plafond, étonnante… J’aime bien ses couleurs vives, elle respire la joie de vivre, l’allégresse… J’en ai besoin, elle me fait du bien…  Forcément elle n’est pas très raccord avec l’esprit de cet Hôtel-Dieu parmi d’autres… C’est étrange de savoir que des gens viennent ici pour visiter… quand je sais que toi tu ne la verras jamais cette chapelle, alors que depuis six mois tu dors dans l’aile voisine…

   Au début on t’a dit que tu rentrerais dès que la rééducation post-opération serait terminée… Six mois plus tard la rééducation a si peu progressé qu’on a décidé de tout arrêter… pour te foutre la paix ! J’aime bien aussi ce « on » à l’hôpital qui rappelle habilement et discrètement d’où il vient… « On » c’est l’ « homme » l’identité en moins, l’anonymat en plus… Quand j’ai compris que tu ne sortirais plus de là, je me suis décidée à voir les choses en face et je suis enfin venue te voir… j’ai hésité… je n’en avais pas envie… Non pas que je ne voulais pas te voir, mais je ne voulais pas affronter l’image déformée par la maladie… Je refusais de souiller celles de l’été dernier où rien encore ne transparaissait… Et puis, comme je ne suis plus une petite fille, ou plutôt comme je suis ta petite fille, je me suis prise par la main et j’ai décidé de prendre le téléphone, prévenir de mon arrivée, m’engager pour ne plus reculer. Et je suis montée dans la voiture. Quand j’en suis descendue, je me suis laissée guider jusqu’à ta chambre… Tu m’as souri… Moi pas… J’ai eu du mal à te reconnaître, au point de découvrir que tu as les yeux bleus… Peut-être à cause de ton teint pâle… trop pâle… Et comme il n’est pas de bon ton de craquer dans un hosto, je me suis mise à faire ce que je fais chaque fois que je vais mal… Je t’ai fait rire… Et j’ai ri avec toi… Et ma récompense fut quand tu as lâché : « Oh ! Ce rire ! ça fait du bien d’entendre rire ! »  Alors j’ai su que j’avais bien fait de venir… que l’image de l’été dernier ne serait pas complètement souillée : tu m’offrais de nouveau tes mots, tes regards, tes sourires… même pâles… Nous nous créions de nouveaux souvenirs qui venaient s’ajouter aux précédents… Mais désormais, ça t’épuise de rire… alors je suis sortie pour te laisser te reposer… Et en sortant de l’ « hôpital sans tabac » (qui a déjà lu quelque chose d’aussi ridicule ?!), après avoir visité la chapelle étonnante, après t’avoir dit à demain… j’ai vu cette enseigne au-dessus de la vitrine postée en face… Carpe diemCIMG7053, Maître Artisan Coiffeur… Dans la vitrine se reflétait ton Hôtel-Dieu… J’ai trouvé ça étrange, bien plus que la chapelle aux couleurs vives… Un message divin ? Une arrière boutique ensorcelée pour déjouer le mauvais sort? Je l’ai prise en photo mais quand elle apparut sur l’écran de mon appareil numérique, j’ai déchanté. Elle n’avait rien d’extraordinaire. Juste un coiffeur même pas drôle, à l’humour pince sans rire, qui n’aura jamais ce privilège de teindre tes cheveux en rouge… parce que finalement le blanc te va bien… Il fait ressortir la couleur de tes yeux…

 

 

 

 

By Rouge pour Kaléïdos-coop

jeudi, 19 juin 2008

Dans la cour des grands

Sujet de philo

Toute beauté callipyge devient-elle funeste quand l'artiste clairvoyant détourne son regard du Beau sublimé de son Art? 

mercredi, 11 juin 2008

Moment clef

poignée porte.jpg

Te caresser d’un revers de la main

T’effleurer de la joue en silence

T’ouvrir tout doucement

Te fermer tendrement

S’appuyer contre toi

Pour attendre

Et sourire

Soupirant de désir

 

Essence de tous mes sens

De chaîne en chêne

Dégonder

Désormais fermée

Te pousser de toutes mes forces

T’enfoncer rageusement

Te claquer de colère

Instant charnière

Se taper la tête contre toi

Et frémir

En pleurant de partir

 

Pénétrer ton antre

L’œil à ton judas

Une main fébrile

Sur ta porcelaine fragile

Loquet verrouillé

A jamais bloqué

Le cadenas est rouillé

Les larmes ont trop coulé.

 

By Rouge pour Kaléidos-Coop

mercredi, 28 mai 2008

Mort subite

Je suis mort ce matin à 6h48. L’appartement, vide de toutes tes affaires, ressemblait déjà à un tombeau. Celui de nos amours défuntes. Le peu qu’il restait, je l’ai donné aux plus nécessiteux. Moi je n’avais plus besoin de rien d'autre que de toi. Et toi, tu étais partie. Le reste n’était devenu que futilité et mépris. Je n’ai gardé que le lit de l’enfant que tu as emmené avec toi. Les draps étaient encore imprégnés de votre odeur à tous les deux. Je me suis allongé dessus, pour me perdre, m’abandonner aux doux souvenirs de n614643287.jpgos moments sans faille. J’ai fermé les yeux pour mieux te regarder sourire. J’ai fermé les yeux pour mieux l’entendre rire. Doux subterfuge de la mémoire humaine. Vous étiez là. Mais vous n’étiez pas là. Et d’un coup, j’ai entendu la porte claquer. Je me suis redressé dans un sursaut de panique. Saloperie de mémoire humaine. Mon cœur s’est alors arrêté de battre. Comme ça. Auusi vite que ça. Dans un sursaut. Mes yeux sont restés fermés. Mon corps allongé, nu comme au matin de la vie.

Je suis mort ce matin à 6h48. Personne d’autre que moi n’aura entendu la détonation qui aura pompé mon dernier souffle. Quand on découvrira mon corps, on conclura à un accident cardiaque. Parce qu’on ne meurt pas d’un chagrin d’amour. Non. En tout cas, pas pour les légistes. Et mon odeur, celle de mon cadavre, se sera mêlée à la vôtre une toute dernière fois.

 

 

Rouge pour http://kaleidoscoop.canalblog.com/

mercredi, 14 mai 2008

Semaine 36

Une fois de plus...

   Ce soir-là, elle se coucha, épuisée, à bout de force, et pourtant le sommeil ne venait pas… Incapable de se relever, même pour aller boire un verre de lait chaud ou avaler sa petite pilule miracle… Impossible… Trop tard… Elle était condamnée à cette position horizontale pour quelques heures… jusqu’à ce qu’une heure décente s’affiche enfin sur le mur… Chaque fois c’était la même chose… Et chaque fois elle se disait qu’elle n’aurait pas dû boire ce café vers 17h… Mais là encore, il était trop tard, le mal était fait… Il ne lui restait plus qu’à assumer ses actes. Une fois de plus. Et une fois de plus, elle s’endormirait un quart d’heure avant que le réveil ne sonne… et elle se lèverait les yeux gonflés de sommeil… comme à chaque fois… Alors elle se mit à écrire dans sa tête comme à chaque insomnie…

Elle laissa alors ses pensées divaguer au fil des minutes qui s’égrenaient à la manière des grains de sable du vieux sablier de la cuisine, celui qui avait pris l’humidité, tout lentement...

penduleDe ces éternelles minutes naquit une silhouette… celle d’une passante croisée plus tôt dans la journée : une jeune et jolie maman accompagnée d’une poussette vide et d’un petit château branlant en culotte courte. Scène de la vie ordinaire, un jour de grand beau, rue du Moulin Vert à Paris. Cette apparition lui serait certainement disparue de l’esprit si celle-ci n’était pas en train de tenir un long soliloque silencieux. L’enfant se tenait derrière elle, et elle n’avait pas de kit main libre coincé dans l’oreille. Ses lèvres s’agitaient au rythme de ses pensées, étonnante valse buccale et muette. Pas si ordinaire cette scène finalement…  Qui était-elle ? Comment, si jeune, pouvait-elle marmotter à la manière d’une vieille octogénaire ?

Et comme le sommeil ne daignait toujours pas venir la cueillir, elle s’inventa l’histoire de cette toute jeune femme. Une rencontre amoureuse sur les bancs de la fac. Deux ans plus tard un mariage en blanc. Un « oui » pour la vie devant un curé, aux pommettes saillantes et rouges, pressé d’en finir. Seuls les invités s’en étaient rendu compte parce que de son petit nuage, elle ne voyait rien. Que l’immensité du bonheur qui s’offrait à elle. Un an plus tard cet enfant était né. Et deux mois plus tard. Le chaos.

Un feu rouge grillé. Un choc. Un coup de fil. Un silence lourd et pesant. Les aiguilles de la pendule qui s’immobilisent. Les larmes. Les cris. Puis elle avait saisi l’enfant dans ses bras si fort, trop fort, que le petit s’était mis à son tour à pleurer. Et puis l’incroyable tourbillon de coups de fil. Valse effrénée et sans fin. Avec le son. Avec les voix. Elle n’écoutait qu’un mot sur deux. Toujours les mêmes paroles qui se veulent réconfortantes mais vaines. Et puis… les funérailles, les mains posées sur son épaule, les baisers mouillés de larmes, le petit bonhomme dans son landau, les fleurs, les mots gentils, le retour à la maison, les gens qui ne partent pas de peur de vous abandonner à votre désespoir, et vous qui n’attendez qu’une chose… Qu’ils soient tous partis pour enfin pouvoir vous laisser glisser sur le carrelage, pleurer vos sanglots fracassants, parce que fracassée vous l’êtes à jamais… Ce bonheur arraché trop tôt…

Mais aux sanglots ont succédé des gazouillis, ses premiers rires, ses premiers pas, ses premiers pas… Et comme il grandissait, vous vous releviez au rythme de sa croissance… Et puis vous vous êtes mise à lui parler. En silence. Inutile qu’on vous prenne pour une folle… Veuve c’est déjà pas mal… Et depuis vous ne cessez plus de lui raconter les exploits du petit homme de votre vie... Vous en oubliez même de vous surveiller quand vous êtes en public… Du coup,  les gens s’étonnent de vous voir marmonner si jeune, jolie maman accompagnée de ce petit château branlant en culotte courte…

    Imbibée de larmes de papier et de gazouillis imaginaires… plongée dans les abîmes de la nuit… Elle finit par s’endormir… un quart d’heure avant que le réveil ne sonne... Une fois de plus…

vendredi, 25 avril 2008

Semaine 33

Un coeur artificiel en kit

Depuis des décennies, étaient devenus  fréquents pacemakers et autres défibrillateurs implantables, chargés de contrôler et rectifier les battements du coeur du malade, voire de cicatriser les plaies béantes suites aux diverses contrariétés amoureuses de la vie du patient. Avec la hausse des divorces, des déceptions amoureuses et autres grandes désillusions imposées par la vie, voilà que se profilent des coeurs 100 % artificiels, en kit, indispensables pour les amoureux les plus évincés, ces derniers  ne pouvant plus prétendre à bénéficier d’une greffe, tellement ils en avaient le coeur gros. Mais c'était sans compter sur la chirurgie robotisée et la transplantation cellulaire, l’une des voies thérapeutiques les plus prometteuses à l’heure actuelle pour les patients au coeur brisé .

Les progrès des systèmes d’assistance circulatoire étaient déjà exponentiels depuis ce dernier siècle. Mais le plus impressionnant d’entre eux est sûrement ce premier coeur artificiel totalement autonome, proposé en kit,  implanté pour la première fois en avril dernier. Il y a quelques années, ces coeurs étaient conçus comme des solutions d’attente avant une greffe cardiaque. Ils sont maintenant envisagés comme des solutions "définitives".

puzzleLe 1er avril 2028, au Centre International et Européen du Coeur (CIEC)  , à la suite d'une énième déception amoureuse, une femme de 58 ans, atteinte d’insuffisance cardiaque grave s’est vue implanter un coeur artificiel définitif, c’est-à-dire ne nécessitant pas de transplantation ultérieure. La particularité de ce nouveau coeur artificiel repose sur  la capacité pour les robots-chirugiens de ne remplacer que les zones endommagées. Son ventricule gauche, celui chargé d'éjecter le sang dans la circulation générale, demeuré intact, la patiente ayant un coeur d'or,  a été préservé. Quant au ventricule droit, celui chargé de gérer les émotions et autres pertubations affectives, a été remplacé par des "pièces de puzzle". Cela évite désormais d'avoir à recoudre les plaies béantes et de rendre davantage disgracieux un coeur qui a souffert susceptible de muter en coeur de pierre. Le coeur artificiel en kit et ses batteries, mis au point par la société CardioGame, ont été implantés directement dans l’abdomen de la patiente. L'avantage de cette nouvelle génération de prothèse cardiaque est que le coeur CardioGame est totalement autonome, et ne nécessite aucun appareillage extérieur, notamment pour recharger les batteries. Il suffit au patient de rire pour recharger les piles, et plus il s'en donnera à coeur joie, plus son nouveau coeur résistera aux diverses tentations de la vie moderne. Est évidemment fourni avec le coeur artificiel un dvd proposant une anthologie des plus grands moments offerts par les humoristes du 20ème siècle, le 21ème ayant été pauvre en la matière. Finis les encombrants appareils externes, de la taille d’un monospace ! D'autant que ce système réduit considérablement les risques  de récidive: les patients qui avaient le coeur sur la main le garderont désormais bel et bien dans la poitrine!

D’ici dix ans, les scientifiques, qui prennent très à coeur leurs recherches, espèrent mettre au point le coeur artificiel personnalisable.  Ainsi, les patients pourront eux-mêmes choisir la game d'émotions qu'ils souhaiteront  encore connaître et rayer de la carte de leur coeur les sentiments auxquels ils renonceront définitvement, et ce sans aucune possibilité de retour en arrière. Ils pourront donc parler à coeur ouvert sans aucun risque de rejet. C’est un nouveau souffle pour ces patients au coeur d'artichaut pour lesquels il n’existait  jusqu’à lors aucune thérapie adaptée.

Vivement 2038 qu'on en ait le coeur net!

Décidément, nous vivons une époque formidable!

Jonas Dekeur

in  "Accroche-Coeur",  2nd trimestre 2028.

dimanche, 13 avril 2008

semaine 32

Soirée très privée.

     J’ai rencontré Marie à la fac, en première année de licence d’histoire. Quand j’ai appris son prénom, ça m’a fait sourire. Et puis elle en avait un de joli sourire, Marie. Un sourire généreux qui donnait du baume au cœur, comme un rayon de soleil en plein hiver. Je crois bien que je suis tombé amoureux d’elle tout de suite, mais je ne le savais pas encore. Quand les premiers mois d’automne ont fini de s’écouler, nous appartenions au même cercle d’étudiants. Et le jour où elle m’a dit qu’elle adorait ce prénom au charme désuet qui était le mien, j’ai compris que tous les deux on allait pouvoir réécrire l’histoire à notre manière. Joseph, je m’appelle Joseph. Alors forcément Marie et Joseph ça faisait marrer les copains de fac. Et nous aussi d’ailleurs. C’est elle qui a fait le premier pas, un soir  après les cours. Nous prenions le métro ensemble, elle descendait une station avant moi.  Et ce soir-là,  avant de sortir de la rame, elle s’est tournée vers moi, m’a embrassé et s’est sauvée. Sacrée Marie.  Il a fallu attendre le lundi matin que nous nous retrouvions sur les bancs de la fac pour qu’à mon tour j’ose me jeter sur elle, avec maladresse et gaucherie pour que je l’embrasse à pleine bouche. Inutile de vous raconter comment ça s’est terminé. Dans les toilettes près de l’amphi. Ce jour-là je devenais un homme, un vrai. Et c’était dans les toilettes des filles ! Joseph et Marie. Le couple de l’année. Nous ne nous quittions plus. Je dormais chez elle. Elle dormait chez moi. Nous révisions nos partiels ensemble. Nous formions à l’époque une fière équipe. Comble du bonheur, ma mère l’adorait. Quand nous nous retrouvions dans l’intimité, nous échangions sur tout et n’importe quoi. Nous pouvions aussi rester silencieux des heures durant à nous regarder l’un l’autre chacun plongé dans nos bouquins. Et de sa voix douce elle chuchotait parfois « J’adore te regarder, tu as la beauté d’un ange. La beauté d’un beau mec qui ignore totalement  qu’il l’est. Peut-être ce côté timide et  réservé que tu as… » Et moi forcément j’adorais quand elle me disait des trucs comme ça. Marie, elle savait y faire pour gonfler mon ego à bloc. Alors quand Marie s’est enfuie avec la grande gueule de la promo, je n’ai pas compris. Et mon ego lui, il est rentré dans sa coquille. Six mois que je dors avec l’oreiller imprégné de son odeur. Pas eu le courage de changer les draps. Six mois que je dors seul et que je repense presque chaque soir aux toilettes des filles, à tous ces endroits insolites dans lesquels nous avons fait l’amour. Six mois que ma seule compagne pour m’vider les couilles c’est celle que les hommes, les vrais, les plus délicats d’entre eux, appellent « la veuve Poignet ». Et pour la première fois, depuis six mois, j’ai envie de connaître de nouveau l’odeur de la peau d’une femme, de caresser les courbes d’un corps de femme, d’entendre au réveil le son d’une voix de femme, et ça me rend triste. Marie ne reviendra plus. Ce ne sera plus jamais elle. J’en crève.

Alors Fred, avec qui je partage tout depuis les années lycée, il m’a dit que je ne devais pas m’engluer dans cet état de pseudo- déprime. « Un beau gosse comme toi, t’as pas l’droit » qu’il a dit. Depuis que Marie est partie, c’est lui qui essaye de regonfler mon ego. Mais avec Fred, nous nous connaissons trop bien pour savoir tous les deux qu’il n’a aucune chance d’y parvenir.  Mais il s’obstine le bougre. Au nom de la sacro-sainte amitié qu’il dit aussi. Alors je lui donne l’illusion qu’il y parvient, parfois. Je tente un sourire, une vanne, et je commence à tenir mon rôle à la perfection. Du coup, il me lâche un peu. Et je peux déprimer tranquille, parfois.

C’est comme ça qu’hier il est arrivé à la fac en brandissant un sourire qui lui bouffait le visage. « J’ai un super plan pour demain soir. Une soirée à laquelle je suis invité, et je peux venir avec qui je veux, alors tu viens aussi ! » Aucune option possible pour refuser. Ainsi était-ce décidé. J’ai hoché de la tête pour signifier d’accord. Et je n’ai posé aucune question. Les supers plans de Fred sont toujours des plans foireux. Mais je ne pouvais pas le laisser y aller seul. Il se ferait encore plus chier ! Il a juste ajouté : « Faut y aller bien sapé… » Le comble du subjectif. Je ferais le maximum. Je choisirai parmi les fringues que Marie m’a fait acheter. Je réduirai ainsi les risques de flirter avec le mauvais goût !

Fred a passé sa journée excité comme un môme. Il a refusé de m’en dire plus. J’ai continué de m’abstenir à poser toute question. Mais j’avoue que sa bonne humeur m’intriguait quand même un peu. Après les cours, il m’a juste dit : « Je passe te prendre à 21h. Fais-toi belle ! » Marie, elle, m’aurait dit que j’étais toujours beau. Mais Fred, ce n’est pas Marie… Alors je me suis contenté de sourire. Je suis rentré, j’ai pris une douche, repassé une chemise blanche, enfilé mon jean le moins usé de tous, pris un pull à rayures à col V que Marie m’a offert pour une Saint-Valentin, donné un coup sur mes pompes pour les dépoussiérer, un peu de gel sur le bout des doigts pour me « coiffer »… Et puis comme j’étais prêt en avance, j’me suis allongé sur mon lit et j’ai mis de la musique. Forcément quand il est arrivé, ma chemise était toute froissée mais avec le pull par-dessus personne n’y verrait goutte. J’ai enfilé mon cuir, fermé la porte à clef, mis les clefs dans ma poche. Et je l’ai suivi. Il était garé juste devant l’immeuble. Ca tombait bien, il pleuvait ! Ca commence fort me suis-je dit intérieurement. Mais je n’ai rien dit !

Il a mis la musique à fond, le dernier Dionysos : « Tais-toi mon cœur… » A croire qu’il le faisait exprès… mais là non plus je n’ai rien dit. De toutes façons, il chantait à tue-tête, il ne m’aurait pas entendu !

Et puis au bout de 45 minutes de musique assourdissante, mais débordante d’énergie faut le reconnaître, il s’est garé. Une ruelle sombre. La pluie avait cessé. Une grande porte métallique peinte en noir. Aucune inscription visible. Putain, Fred, c’est quoi ton plan foireux ? Je commençais à avoir les foies mais je souriais. Je le tiens désormais à la perfection mon rôle du mec bien dans sa vie, bien ses pompes. Il a sonné. Il a montré le bout de son nez au videur planqué derrière la petite ouverture dans la porte. J’ai pensé à la patte blanche du loup qui veut rentrer chez le petit cochon, je ne sais pas pourquoi. La porte s’est ouverte. Nous sommes entrés. Bienvenue dans une soirée privée. Il était trop tard pour lui demander comment il avait obtenu ce plan. Les décibels interdisaient toute forme de communication orale. Trop compliqué à demander par gestes. Question reportée à plus tard.

Je le suivais de près, me sentant bizarrement l’ange déchu tombé droit aux enfers… C’est l’effet que ça m’a fait… Des filles (trop) légèrement vêtues… Des mecs qui leur faisaient des regards de braise. Génial. Content d’être là. Merci Fred. Vraiment. Et moi avec mon pull à rayures et ma chemise blanche qui ne faisais pas raccord. Deux trois verres de vodka plus tard je finirai torse poil. Je sais m’adapter quand je veux ! Et c’est à cet instant que je l’ai vue. De dos. D’abord je n’ai pas compris ce que jecorset voyais. Elle avait un lacet dans le dos comme celui qui noue le dos des robes de mariées. Sauf que là, le ruban était noir. Et puis elle n’avait pas de robe de mariée. Pas de robe du tout en fait. Discrètement je me suis approché d’elle pour comprendre. Pure curiosité. Des anneaux qui lui rentraient dans la peau faisaient office d’œillets. Comme si un corset lui était brodé à même la peau. C’était… étrange… pas vilain non… mais en fait, le sentiment premier que ça m’inspirait c’était « Putain ça doit faire mal ???!!! » Forcément, c’est à cet instant-là qu’elle s’est retournée vers moi. Un mec planté derrière elle à examiner son dos, je ne pouvais pas passer longtemps inaperçu. Elle a eu un regard amusé en lisant la douleur dans mon regard. « Tinkiète, m’a t-elle dit, ça ne fait mal que si on y touche et qu’on tire dessus ! » Et elle s’est retournée. Je me suis dirigé vers le bar. Je me suis enfilé deux verres de vodka pour me mettre dans l’ambiance. Mais je ne pouvais détacher mon regard de son dos. Je l’imaginais allongée. Dans quelle position,  cette fille pouvait-elle donc dormir ? Pas sur le dos ?! Inenvisageable. Trop douloureux. Et puis à force de l’imaginer allongée, déjà qu’elle était à moitié nue, j’ai commencé à avoir envie d’elle. Là comme ça. J’ai ressenti un drôle de truc. Une boule dans le ventre. Une dans la gorge aussi. Je n’avais pas eu envie d’une fille depuis le départ de Marie. Alors forcément ça remue. Je me suis approché d’elle. Elle était seule. En train de boire une vodka elle aussi. Elle m’a regardé de son air amusé et m’a demandé mon prénom. Elle a explosé de rire. Mais avant que je n’ai eu le temps de me vexer elle s’est présentée à moi : «  Madeleine, mais tout le monde m’appelle Mado. » Je suis tombé sous le charme de son prénom désuet. Elle avait la beauté de ces filles qui ne savent pas qu’elles sont belles. J’ai alors été pris de l’envie subite de dénouer son ruban avec les dents. Mais comme c’était gonflé, je me suis contenté de l’embrasser dans le cou. Elle s’est laissée faire. Tremblant de désir, j’ai parcouru ses courbes de mon index droit et fébrile… Elle s’est laissée faire… Je l’ai alors embrassée à pleine bouche… Et là, elle m’a pris la main, m’a fait comprendre que je devais la suivre… Nous sommes passés dans un petit salon aux fauteuils de velours rouge… Des rideaux nous isolaient… sans vraiment nous isoler… Mais j’m’en foutais… Madeleine… Je ne voyais qu’elle… Rien d’autre ni personne n’existait à cet instant… Et j’ai pu commencer à dénouer tout doucement, très doucement ce ruban qui m’excitait tellement… J’ai commencé avec les mains et quand le plus délicat fut fait, j’y suis allé avec les dents… Je crois bien que j’ai éjaculé une première fois dans mon boxer tellement j’étais excité… Mais quand enfin ce putain de ruban de velours noir rendit les armes, ce fut à son tour de me déboutonner ma chemise blanche… Et nous baisâmes comme jamais je ne l’avais fait… Assis, debout, à même le sol… Jusqu’à ce que nous n’en puissions plus… Je me sentais revivre du plus profond de mon être… Ô Madeleine… Et quand nous regardâmes l’heure, il était près de cinq heures du matin !…

- « Merde ! s’est-elle écriée, j’vais être à la bourre à mon cours ! Faut que je repasse par chez moi, me changer !!!»

- «  Etudiante ? », m’enquérrai –je.

- «  Non ! Prof de compta en lycée professionnel. Je sais ça casse le mythe !...  Faut vraiment que j’y aille. Désolée de me sauver comme une voleuse…  Merde j’ai froid en plus! »

Je lui tendis mon pull. Elle refusa, puis finit par accepter quand je lui donnai aussi mon numéro de portable pour qu’elle puisse me le rendre.

Je viens juste de rentrer.

Fred je te déteste.

mardi, 08 avril 2008

Semaine 31

ego cogito sum 

ego1

lundi, 31 mars 2008

Semaine 30

Silence...

b_b_

Bébé d'or...

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           C'était ça où je vous racontais mes accouchements, les histoires de bonne femme qui fichent la trouille qu'on se raconte entre copines quand l'une d'entre nous est sur le point d'accoucher (sympas les copines, et ça marche à tous les coups!): la péridurale qui arrive trop tard (ou pas le temps!) , celle qui ne fonctionne pas (ou que d'un côté),  la césarienne qui n'était pas prévue, les soins post-accouchements, les points de suture qui se reflètent dans les verres des lunettes de la sage-femme, l'odeur du sang, la douleur, les putains de contractions, les heures qui défilent, les "Allez Madame Rouge!!! Poussez Madame Rouge!" ou pire encore, la tête qui sort déjà à peine arrivée à la maternité (!), et de marcher sur la pointe des pieds avec cette seule envie de vous accroupir et de le poser là cet enfant, sur le carrelage, parce qu'il ne demande plus qu'à sortir, et c'est là qu'on vous dit "Ah mais non! Je dois vous brancher sur le monitoring!!!" (Qu'est-ce que j'en ai à foutre moi du monitoring! Je sens bien moi que le bébé est déjà là!" ... "Ah oui en effet, on voit ses cheveux, pas le temps d'entrer en salle de travail Madame Rouge! Vous allez accoucher sur cette table d'examen inconfortable au possible et pas prévue du tout pour!"!!!),  l'angoisse, l'attente, l'infirmière anesthésiste qui vous reconnaît dans le couloir en attendant de rentrer au bloc (Vous les pattes en l'air, en tenue quelque peu débraillée et qui vous dit "Ah Bonjour Madame Rouge! Vous allez bien???!!! Je suis la maman d'untel, vous vous souvenez de lui?! "... Que répondre?... Alors que vous avez juste cette simple putain d'envie de vous planquer, de passer là incognito, que surtout personne, non personne, ne puisse faire le rapprochement entre la jeune femme civilisée que vous vous efforcez de laisser paraître dans le quotidien et cette espèce de créature difforme et indécente en blouse jaune poussin...)... Vous focalisez aussi sur cette abeille (Comment a-t-elle pu pénétrer dans la pièce?! On peut avoir un peu d'intimité bordel de merde?!)... Ces mille et un souvenirs colorés et pleins de poésie qui accompagnent le don de vie... Cette envie d'injurier l'obstétricien qui accomplit mécaniquement LE geste qui va accélérer le travail... Travail... de tripalium en latin: intrument de torture à trois pieux... ça veut tout dire... la seule expression teintée du sens étymologique  que l'on garde aujourd'hui c'est dans "salle de travail"... tu parles d'un truc!

 Alors, comment coller des mots sur un photo qui inspire autant    

                     le respect,                 

                                     le silence,              

                                                   et la vie...

Alors je fais ce choix de me taire (ou presque!) et de passer mon tour...

Un seul truc                

                          (un dernier)                                         

                                          Ce "mal joli" comme on l'appelle...

Il est oublié à l'instant même où la petite chose qui vous coinçait ses orteils dans les côtes pendant les dernières semaines et qui vous empêchait de respirer correctement rencontre votre regard et qu'une voix vous annonce enfin "C'est une fille..." et que vous sentez pour la toute première fois la chaleur de sa peau posée sur votre ventre encore fiévreux et endolori...

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