vendredi, 06 novembre 2009
Un p'tit coin d'paradis

C’était à l’occasion d’une de ces si belles journées à la sortie de l’hiver, une de celles qui annoncent le printemps. T’en souviens-tu ?
Nous n’en pouvions plus de cette grisaille qui n’en finissait pas. Tu m’avais rejointe pour le week-end et comme à notre habitude nous savourions ces moments-là : nous sortions de sous la couette juste pour boire notre tasse de café. Un peu de musique, et puis nos mots qui se mêlaient au bruit de la pluie sur les carreaux. Et quand enfin l’envie nous prenait, nous sautions dans notre jean et filions à toute allure en direction du lieu convoité. Ainsi il y avait eu nos escapades à la mer, des galeries d’expo, nos virées à Paris, des concerts, de jolis coins… Chaque fois le plaisir était renouvelé, chaque fois l’envie variait, mais toujours nous avions ce désir de faire un truc à deux… tous les deux…
Alors quand ce jour-là nous avons perçu la chaleur du soleil qui cognait au carreau, nous avons été pris subitement du désir ineffable de boire un grand bol d’air. Comme toute envie subite, il y avait une sorte d’urgence dans notre volonté d’accéder au plaisir : dix minutes de voiture grand maximum. Nous avions donc paré au plus pressé : la forêt la plus proche. En même temps, nous ne l’avions encore jamais fréquentée de près, c’était l’occasion rêvée de faire sa connaissance.
Nous stationnâmes le long de la route, et empruntâmes les bords de Seine sans trop savoir où nous allions. Le soleil se reflétait dans l’eau, les bruits de la ville se taisaient peu à peu, seules nos voix répondaient aux premiers chants des oiseaux. Nous marchions dos au soleil pour ne pas être éblouis. Ses rayons nous chauffaient le dos : nous progressions sereinement. Aussi, quand nous devinâmes, à travers les jeunes feuilles des arbres, une vieille masure qui semblait abandonnée, nous ne pûmes nous empêcher de céder à notre curiosité : nous bifurquâmes à gauche en sa direction. Nous nous interrompîmes rapidement : un grillage éventré nous fit hésiter à poursuivre cette entreprise audacieuse. Cette vieille demeure était-elle réellement abandonnée ou bien en avait-elle juste l’air ? Elle était encore belle en dépit des traces du temps : les volets en bois gris manquaient de tomber, les herbes folles dansaient au milieu des broussailles, la nature semblait avoir repris ses droits depuis quelques années déjà.
Et toujours pas âme qui vive.
Nous décidâmes alors de longer ce qu’il restait du grillage pour voir où il nous conduisait. Le silence était profond, nous nous sentions seuls au monde. Seul le crissement de nos pas sur le sol, et de temps en temps nos murmures interrompaient la quiétude environnante. Notre curiosité crut enfin se satisfaire quand nous nous retrouvâmes face à un grand portail en piteux état : mais il était fermé. Une sorte de déception vint gâter cette belle après-midi ensoleillée. Nous avions ce sentiment exécrable qu’au moment où nous nous apprêtions à toucher un trésor réservé à peu d’élus, on nous claquait le couvercle de la boîte sur les doigts. C’était très énervant. Les épaules basses, comme deux mômes à qui on vient de confisquer un nouveau jouet, nous embrassâmes du regard la forêt et cherchâmes sur quel nouveau sentier nous hasarder.
C’est à cet instant qu’une voix au loin nous interpella. Nous pivotâmes instantanément dans sa direction et découvrîmes une vieille femme qui nous faisait signe d’entrer. Le sourire nous dévora le visage, nos regards s’illuminèrent, et main dans la main nous pénétrâmes enfin dans ce lieu improbable. L’aïeule nous accueillit chaleureusement et nous invita à découvrir ce que nous ne pouvions pas voir depuis l’autre côté du grillage. La vue était dégagée et en son centre : la vue d’un lac s’offrait à nous. C’était magnifique. L’endroit avait quelque chose de céleste. Un petit paradis avait jailli au cœur des bois à quelques minutes seulement des rumeurs de la ville. La nature ici était reine. Rien ni personne ne venait perturber son équilibre précaire. Une sorte d’hôtel cinq étoiles pour volatiles désireux de voir du pays avait été aménagé quelques dizaines d’années plus tôt. Une histoire de père en fille. Et les cygnes et autres oies sauvages étaient accaparés par les préparatifs des naissances prochaines : ils fabriquaient leur nid et se battaient pour savoir qui aurait cette année le privilège de s’installer sur l’île plantée au beau milieu, l’endroit le plus stratégique pour mettre à l’abri des prédateurs les petits. Nous nous jurâmes de revenir à la saison des éclosions : notre promesse resta vaine.
Néanmoins, conservé bien à l’abri des regards, cet endroit magique continue sûrement d’accueillir la naissance de jeunes oisons ou autres cygneaux. Et si je ne peux pas l’affirmer, c’est qu’à chaque fois que j’y suis retournée, la grille était fermée et jamais plus aucune vieille femme ne parut au loin ni ne me fit signe de la rejoindre.
A croire que l’accès au paradis est limité à une fois par personne et par vie !
by Rouge pour Kaléidos-Coop
22:55 Ecrit par Rouge dans Cabinet d'histoires | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : oiseaux, paradis, lac, soleil, forêt, nouvelle, histoire, écriture
mercredi, 21 octobre 2009
Terre brûlée
« Rien ne pousse sur les terres brûlées ma belle, je me range, c’est toi qui as raison… » Elle poursuivit encore un peu la conversation, avec cette évidente volonté à vérifier au timbre de ma voix qu’elle pouvait me laisser seule, m’assura de tout son soutien. Je pouvais la joindre à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, je ne devais pas hésiter, ne pas m’enfermer dans le silence. Puis enfin elle raccrocha.
Le silence : il est là, tout autour de moi à présent. Pourtant si je tends l’oreille, j’entends au loin la rumeur citadine : ici un moteur de voiture qui vrombit, là des clameurs, sûrement des enfants qui jouent. J’imagine par delà mes larmes silencieuses leurs sourires, ils me rassurent. Peu importe ce qu’il adviendra de moi, tant que les enfants rient, l’ordre du monde est à peu près en place. Je peux tranquillement m’apitoyer sur mon sort, me recroqueviller sur moi-même, mentir à mes amis et faire semblant d’avoir la voix claire au téléphone. Il parait que cela finit par passer ; il suffit juste d’être patient et d’attendre que le temps fasse son œuvre. Alors j’attends.
Je m’assois par terre sur le carrelage froid et m’appuie sur le mur. Je sais que sinon dans quelques minutes j’aurai mal au dos: et comment me complaire dans ma tristesse si j’ai vraiment mal quelque part ? Or je veux rester concentrée sur mon chagrin. Aujourd’hui c’est décidé je suis la plus malheureuse de la terre. Demain, je serai moins ingrate, c’est promis et je reconnaitrai qu’il y a pire que moi : les enfants qui meurent de faim, les victimes des guerres civiles… Mais aujourd’hui, accordez- moi ce droit, accordez-moi l’exclusivité de la douleur… Le carrelage est vraiment froid, je commence à grelotter, mes dents claquent. Je me lève tout doucement et sens malgré tout mes muscles contractés se rebiffer. Ce corps n’est même plus digne d’être habité. Je devrais le laisser choir par terre informe et vide. Et me tirer de là. Mais je ne suis pas assez courageuse ? inconsciente ? suicidaire…
Je me glisse sous ma couette ; j’ai au préalable pris soin de mettre la boite de mouchoirs en papier sur ma table de nuit. L’expérience de la douleur m’a appris ça : anticiper. Après avoir dû me moucher dans mes draps plusieurs fois, j’ai réalisé que si je pensais à prendre des mouchoirs avec moi avant de me coucher, ça me permettrait de dormir dans des draps plus propres. Ce jour-là fut à marquer d’une pierre blanche ! En même temps, qui est-ce que ça aurait bien pu déranger de dormir dans mes draps pleins de morve ?
Mais, je me suis raisonnée. Il s’agissait aussi de respect de moi-même. Comment me faire respecter, ou bien faire respecter ma douleur, si moi-même je ne suis pas capable de le faire ? Alors depuis, j’ai des stocks de boites de mouchoirs et j’en prends une neuve à chaque fois que je vais me réfugier sous ma couette pour y pleurer au chaud. Le lendemain, un cimetière de mouchoirs usagés me sert de descente de lit. Je les ramasse consciencieusement et les mets à la poubelle : geste symbolique, comme des morceaux de chagrin dont je me débarrasse au fur et à mesure. Jusqu’à ce que ça me reprenne.
Au début c’était tous les jours. Depuis quelques semaines je m’organise pour pleurer les jours où je ne travaille pas. C’est bien plus pratique et beaucoup plus commode. En plus, personne n’assiste plus au spectacle déplorable qu’offrent mes larmes noires de mascara, mes yeux rougis, mes paupières gonflées, mes cernes grises. Je garde désormais tout ça pour moi. J’ai dressé mon chagrin, bientôt je l’aurai même apprivoisé et je vivrai avec lui comme s’il était un petit animal familier.
Et puis un jour viendra qu’il mourra, comme un vieux chien devenu sourd ; la maison sera vide, et je choisirai, ou pas, de le remplacer par un chagrin tout neuf. Mais pour ça, il me faudra d’abord ouvrir de nouveau mon cœur, et accepter que sur cette terre brûlée des brins d’herbe poussent et recouvrent mes plaies et mes cicatrices…
By Rouge pour Kaléidos-Coop
16:22 Ecrit par Rouge dans Cabinet d'histoires | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chagrin, nouvelle, écriture
mercredi, 07 octobre 2009
La Belle Bio
6h45 : le réveil sonne. Je prends le temps d’émerger doucement, j’ouvre un œil, puis deux. Je regarde l’heure inscrite en rouge sur le mur. Je me lève, et m’avance près de la fenêtre pour l’ouvrir à son tour. J’ai lu un article qui expliquait que parfois la pollution est pire à l’intérieur qu’à l’extérieur. Dans le doute, j’aère.
6h50 : je sors dans le jardin et m’enferme quelques secondes dans les toilettes sèches que je viens d’installer. Il fait froid, il fait noir, mais c’est bio.
6h55 : j’entre, je suis gelée. J’enclenche le bouton de la cafetière. Je viens de changer de marque de café : j’aimais bien celui que je buvais avant, mais il n’était pas équitable.
7h05 : je me presse une orange. Je l’ai payée une fortune, normal : c’est une bio.

7h15 : j’entre dans la salle de bains. Il n’y a plus de flacons multicolores qui trainent dans tous les coins. J’ai tout jeté. Il ne reste qu’un savon d’Alep. Je m’applique à bien couper l’eau quand je ne m’en sers pas, ça fait un peu froid.
7h30 : je branche le sèche-cheveux et bascule ma tête loin en avant. Je me relève, je ne ressemble à rien. Il faudra que je m’achète du gel coiffant à l’aloe vera.
7h45 : je prépare ma salade pour ce midi. Je me résigne à l’enfermer dans une boite en plastique que je mets dans un sac hermétique. Même bio, la vinaigrette fait des dégâts.
7h55 : je pars. Je vais désormais travailler en vélo. Le seul souci c’est qu
e quand j’arrive je suis trempée de sueur et la pierre d’alun n’est pas un déodorant hyper efficace.
8h30 : je m’excuse auprès de mes collègues, et promets de trouver une solution. Du coup, j’autorise ma voisine à fumer : on sera quitte !
10h30 : je pause pomme du jardin, elle est pleine de vers, mais sans aucun pesticide. Je prends de petites bouchées pour être sûre de ne pas en avaler. Ma collègue part se chercher un café à la machine, elle continue de m’en proposer un. Je continue de refuser, j’attends qu’ils nous installent enfin une machine à café équitable.
12h10 : je pause déjeuner pas sur l’herbe. Je rejoins mes collègues dans une petite pièce aveugle. Je sors ma boite et libère enfin ma salade : tomate, concombre, mâche (pour les légumes), féta (pour le laitage), œuf dur (pour les protéines), quelques grains de riz complet (pour les féculents), le tout acheté hier matin sur le marché bio. Je mangerai une seconde pomme véreuse au dessert. Je fais tout bien comme ils disent, je mange mes cinq fruits et légumes par jour, je bouge, je ne grignote plus, je consomme des produits sains.
Je vais de moins en moins manger à l’extérieur, je me sens de plus en plus seule. Mes proches me disent que j’en fais un peu trop. Depuis que je lave mon linge avec des noix, on me dit qu’il faut que j’arrête. Que tout est une question de dosage ! C’est vrai que les noix font difficilement disparaître les odeurs de transpiration que la pierre d’alun ne suffit pas à estomper. D’ailleurs les gens se moquent de moi ! Je suis au milieu d’eux, ils me fixent, ils rient avec la bouche ouverte, ils me montrent du doigt, je pleure… je veux m’échapper mais je ne peux pas, ils sont autour de moi, ils me retiennent prisonnière, je hurle !
Je sursaute.
…
« - Hé ?! Tu as fait un cauchemar ou bien ? Tu viens de crier dans ton sommeil ?!
- Non, non, tout va bien ! Enfin presque ! Je fais de drôle de rêves en ce moment : là, je rêvais que nous étions en 2009… t’imagines ?
- Euh… non, je ne préfère pas. »
By Rouge pour Kaléidos-Coop
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Et parce que je ne suis pas non plus née écologique, mais que je suis en passe de le devenir: comme un écho, la voix et les images de M.Nicolas Hulot...
10:20 Ecrit par Rouge dans Cabinet d'histoires | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bio, santé, écriture, nouvelle, écologie
dimanche, 06 septembre 2009
Telle est prise qui croyait prendre...
Une connexion internet retrouvée après l'avoir perdue une fois de plus (je déteste les nouvelles technologies qu'on se le dise! enfin surtout l'addiction qu'elle développe en moi!!!) ,
Une rentrée échelonnée plus tard (mardi que les profs, mercredi les grands, jeudi les petits, et vendredi tous en même temps! Tous ensemble! Tous ensemble! Hé! Hé!... Une sorte de répétition générale avant d'attaquer "pour de vrai" demain! ),
Les réunions parents/profs qui se profilent déjà, celles qui consistent surtout à montrer votre tête pour les rassurer ou bien au contraire les entendre dire, juste à travers leur regard: "Mon Dieu! Mais à qui confions-nous nos enfants???!!! (A ce propos: note pour moi-même: oublier de mettre mes kicker's ces jours-là... ils passent plus de temps à vous donner un âge qu'à vous écouter énumérer vos exigences lire un passage de Comme un roman de Pennac... hahahaha!!!)
Rien ne saurait vraiment distinguer cette rentrée plutôt que les précédentes...
Au détail près, peut-être, de tous ces nouveaux visages, que vous vous êtes efforcée à détendre, voire faire sourire... comble du bonheur et véritable encouragement pour la suite! (merci!...)
De toute façon, désormais votre réputation vous précède (le prix à payer de ce qu'on appelle l'expérience?!), vous découvrez derrière des noms déjà connus, des prénoms puis des visages, des regards qui vous rappellent un(e) tel(le) que vous aviez l'an dernier (parfois bien avant!)... Vous vous demandez aussi comment dans la famille Bidulle, ils vont gérer le fait que Madame Rouge enseigne dans la classe du petit ET de la grande (ou vice-versa!)... surtout que l'année dernière, Mademoiselle Bidulle a déjà passé l'année avec Madame Rouge!!! Alors, si Madame Rouge a les oreilles qui sifflent, elle saura d'où ça vient!!!
Et puis Madame Rouge attaque fort cette année... Lorsqu'elle a déclaré vendredi "Vous prendrez votre agenda pour lundi..." Déjà ça sentait le roussi!... Aussi quand elle a donné la consigne... on s'est tous retrouvés perplexes... Bienvenue en Troisième les gars!
Mais c'était sans compter sur l'une d'entre nous... une discrète qui était attentive mais ne laissait rien transparaître de ses ressentis, ni sourire, ni même regard hostile... juste ce regard qui dit "je t'observe, je t'écoute, j'apprends à te connaître juste à travers ces quelques petites minutes qui nous sont offertes aujourd'hui"... un regard franc et honnête... patient... et cette petite voix à quelques petites secondes de la fin du cours: "Vous le ferez aussi Madame?"
...
"- Euh!... Ce n'était pas prévu mais si tu me le demandes, oui, je peux le faire!
- Alors je vous le demande!
- Très bien, c'est noté demoiselle! Je le ferai aussi mais je ne passerai pas en premier!"
Sourires de satisfaction et/ou premiers pas vers une relation de confiance... seule la suite nous le dira...
Finalement, cette rentrée 2009 sera elle aussi marquée de sa pierre blanche...
16:20 Ecrit par Rouge dans Cabinet de travail, Cabinet particulier | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : livre, lecture, écriture
samedi, 22 août 2009
Je est une autre
Je est une autre. Souvent quand je regarde ces photos de moi qui date de quand j’étais petite, je me demande ce qu’il reste de l’enfant que j’étais. Facile, me répondra qui me connaît, il te reste tes joues ! Et puis tes yeux, ton regard, ils n’ont pas vraiment changé. Et pourtant je ne peux pas regarder cette petite fille sans mesurer la distance parcourue. Bien sûr qu’elle n’est pas devenue une étrangère, je suis tout de même animée par ce sentiment de l’avoir toujours connue !, mais j’ai beaucoup de mal à me convaincre que je fus ce « moi » là.
Ce sentiment, je le ressens aussi quand je regarde seulement quelques années en arrière. J’identifie certaines constantes essentiellement liées à mes traits de caractère (bien trempé pourrais-je ajouter ?!) mais c’est comme des tranches de vie juxtaposées dans lesquelles j’aurais joué un premier rôle chaque fois différent. Je serais donc chaque fois un peu la même et chaque fois un peu différente… N’est-ce pas cela que nous nommons l’évolution ? Comme ce terme est moche, on a l’impression que je parle de l’évolution de l’espèce, mais en quelque sorte oui, puisqu’il s’agit de mon espèce à (de ?) moi…
Quand j’étais petite on m’aurait répondu que je grandissais tout simplement mais aujourd’hui comment le dire ? Bien sûr, passé un certain âge, âge auquel nous cessons de grandir d’un point de vue morphologique, nous disons « vieillir »…Or dans notre société ce verbe revêt soit une connotation péjorative, mise en exergue dans cette oxymore ridicule « vieillir jeune » qui traduit une véritable régression sociétale, soit une connotation méliorative, évoquant l’accès à la sagesse tant convoitée…Mais quand je me regarde dans la glace, si je me dis que j’ai vieilli , c’est que je focalise sur l’image que je renvoie, et notamment sur les ridules qui marquent mon front (et ce ne sont pour la plupart que des rides d’expression, puisque j’ai toujours mes joues de petite fille !). Et là je mesure de nouveau la distance entre ce que je suis en dehors de moi et que j’expose au regard d’autrui et ce que je suis au- dedans. Et je me perds sur le chemin parcouru sur ces dizaines d’années (presque quatre en tout !) et je me demande, mais qui suis-je vraiment? Suis-je celle
d’aujourd’hui tout en étant celle d’hier ou bien suis-je déjà celle de demain ? Et là, je flirte gentiment avec la schizophrénie à un stade déjà avancé ! Pourtant j’ai beau faire, je ne renie rien de ce que je fus ou ai été, mais je ne suis pas toujours sûre de bien me (re)connaître… "Je suis l'autre" inscrivit Nerval sous son portrait...
Aussi lorsque j’entendis le 13 juillet dernier une interview de Marie-Christine Barrault sur RTL, pour la chronique « Parlez-moi d’amour », animée par Alain Duhault, je me dis enfin que je devais être simplement « quelqu’un comme elle »…
« Pour moi, dit-elle, l’amour, c’est une seule chose dans la vie d’un être humain, enfin en tout cas pour quelqu’un comme moi, c’est un seul mouvement : c’est un peu comme une symphonie ou une sonate, il y a différents mouvements et c’est la même musique qui continue. Et là où on s’arrête avec un mouvement, c’est là qu’on reprend le mouvement suivant […]. » Et la vie c’est un peu ça aussi non ? « une même musique qui continue » à laquelle chaque jour apporterait sa propre note, son propre rythme : des blanches pour les journées qui n’en finissent pas, des demi-croches pour les journées trop remplies… Et puis évidemment il y aurait la gamme qui se jouerait selon les sentiments éprouvés, en clé d’ut pour ma part s’il -vous-plait… Mais tendons l’oreille, elle poursuit : « C’est ce qui fait aussi ma fidélité à tous les gens que j’ai aimés. C’est-à-dire que je ne peux pas les oublier ou les faire disparaitre de ma vie ou même de ma mémoire simplement puisque, de toute façon, c’est eux qui m’ont menée là où le suivant m’a pris par la main. Donc il est très très important que je puisse tisser cette toile qui m’a menée jusqu’à aujourd’hui […]. » Serait-ce là la réponse ? Serais-je enfin l’essence même de cette toile tissée par les rencontres que j’ai faites, par les souvenirs que j’ai gardés en mémoire, ou pas, par les sourires que je revois les yeux fermés, par ces phrases que j’ai retenues, par ces promesses (non) tenues… cette toile qui se tisserait subrepticement sur mon visage… ?
Et là je m’interroge de nouveau… Comment nommerait-on cet art divinatoire qui consisterait à lire les lignes de nos visages ? La Ridomancie ?!
NB : Pour entendre l’intégrale de la chronique : ici
17:10 Ecrit par Rouge dans Cabinet particulier | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rimbaud, nerval, écriture, lecture, image de soi, vie, amour
vendredi, 21 août 2009
Sous-vide
Tu me dis avoir une sainte horreur du vide
Mais tu t’emploies si bien à le dévider
Que je vide grenier mes idées noires
A moins que je ne les vide ordures
En attendant je suis vidée
De vidange en vie de rien
J'ai la vidure des anges
Tel un vide-poche
Renversé net
Je passe à
vide
*
10:55 Ecrit par Rouge dans Cabinet des muses | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, poésie, vide
mercredi, 19 août 2009
Babouche et brodequin
J’aurais pu être la fille naturelle d’un maître bottier et d’une pantouflarde, ou réciproquement, tellement les souliers ont joué un rôle important dans ma vie.
Dès ma naissance, ma marraine la fée, haut perchée sur des talons aiguilles, se pencha sur mon berceau et me souffla que je trouverais chaussure à mon pied le soir de mes vingt et un ans. Puis elle m’enfila deux petits chaussons lamés, d’un goût douteux, fourrés de laine vierge. Bien sûr que, nouvellement née, je ne perçus pas l’ampleur d’un tel oracle, mais je grandis à l’ombre de cet heureux présage. C’était comme si un ange gardien chaussé de brodequins m’accompagnait partout. Aussi mon enfance se déroula-t-elle sans encombre majeure, sous un regard bienveillant et enchanteur.
Le jour de mes vingt ans, le claquement tonitruant de ses talons m’annonça sa visite : elle venait me rappeler ce que je savais déjà au fond de moi, j’amorçai la dernière ligne droite avant le grand saut. Je profitai donc de la situation, et comme je savais ce que le sort me réservait, je vécus cette vingt-et-unième année sous le sceau de l’insouciance. J’usai donc mes semelles à parcourir le vaste monde et en profitai pour constituer une collection improbable de souliers dénichés aux quatre coins du globe : babouches marocaines, spartiates grecques, Converse new-yorkaises, espadrilles catalanes, mocassins indiens, décolletés italiens, ou encore sabots hollandais… Je les aimais tant que je m’amusais à en changer tout le temps. Je leur offris même une petite pièce pour les ranger, et au mur j’accrochai une reproduction des Souliers de Van Gogh ! Collectionneuse monomaniaque certes, mais pas encore fétichiste ! Pas encore… Aussi de fils en talons aiguilles, les jours, puis les semaines, et les mois s’écoulèrent, et je commençai à ruminer…
J’avais beau les avoir toutes portées, aucune paire ne me plaisait plus qu’une autre… et le doute commença à m’habiter. Etait-ce ces sabots si confortables mais pourtant fort bruyants ? Ou bien ces décolletés si élégants mais si périlleux ? Ces babouches peut-être, à la fois douillettes et colorées ? J’avais beau me concentrer, aucune évidence ne s’imposait d’elle-même.
Le jour même de mon anniversaire, mon choix n’était donc pas arrêté et je commençais sérieusement à me morfondre… Aurais-je mal compris le sens de l’oracle ? Je décidai donc promptement d’aller prendre l’air et enfilai mes gros sabots. Ils résonnaient sur la chaussée et nul ne pouvait négliger ma présence. Une heure plus tard, je marchais toujours mais trainais de plus en plus les pieds à cause de leur poids que je parvenais désormais difficilement à ignorer. Epuisée, je pris le chemin du retour et ce qui devait arriver arriva : en descendant d’un trottoir je me tordis la cheville. Je poussai un cri de douleur et me retrouvai assise par terre à pleurer. Un passant vint à mon secours et me hissa en sécurité sur le trottoir. Il commençait à faire nuit. Il me tendit un mouchoir en tissu, ce que je trouvai plutôt original. Ma cheville droite était gonflée et bleue, mais lorsqu’il me sourit, la douleur se dissipa. Il me proposa de me porter jusqu’à la pharmacie d’en face avant qu’elle ne ferme. J’acceptai timidement. Quand il ramassa mes sabots et qu’il me les tendit il me demanda si j’étais suicidaire. Avec des trucs pareils aux pieds c’était un miracle si je ne m’étais pas tuée. Je dodelinai de la tête pour lui indiquer que non, j’avais un coup de blues certes, mais pas à ce point ! Il passa alors son bras sous ma nuque et l’autre sous mes genoux et m’emporta de l’autre côté de la rue. J’aurais voulu que la pharmacie soit de l’autre côté de la ville ! Nous entrâmes en silence, et il me déposa sur une chaise qui attendait patiemment dans son coin. Il s’agenouilla devant moi pour me remettre le sabot au pied gauche. C’est alors qu’il m’appela Cendrillon. « Tiens ?! Comment savez-vous comment je me prénomme ? » m’enquis-je, surprise. Il se troubla, et me dit que non, il n’en savait rien, il avait dit ça comme ça, sans y penser. Puis il prit un air amusé et ajouta que j’aurais bien l’air embarrassé d’aller danser au bal ce soir dans cet état, par contre si j’avais le numéro de portable du cocher qu’il pouvait faire venir le carrosse. Il se moquait de moi et de ce fichu prénom, je me renfrognai. Il le vit et me chuchota à l’oreille des paroles de réconfort. Je souris en rougissant et là, je baissai pour la première fois les yeux, c’est là que je découvris ses pieds ! Il avait deux chaussettes en laine de couleurs différentes. Il surprit mon regard étonné. Il me confia alors que depuis tout petit il avait un problème avec les chaussettes, qu’il ne parvenait pas à conserver une paire entière, il faisait donc collection des orphelines comme il les appelait. Et son plaisir était de les associer selon l’humeur. Aujourd’hui c’était rouge passion et vert de l’espoir, ça tombait bien !… Je le regardai dubitative et mimai une moue boudeuse pour répondre à son air moqueur. C’est précisément à ce moment-là que la pharmacienne s’avança : elle me manipula un peu la cheville en me disant que ça n’était pas grave, que demain on y remarquerait plus… Et quand elle se retira à l’arrière de son officine, j’entendis seulement résonner des talons aiguilles qui s’éloignaient. Je levai les yeux et souris. Nous sortîmes alors dans la rue, je pris mes sabots à la main, en princesse va – nu - pieds…
By Rouge pour Kaléidos-Coop
10:32 Ecrit par Rouge dans Cabinet d'histoires | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle, écriture, conte de fées, cendrillon
mardi, 18 août 2009
Reviendue!
Trois jours que je suis rentrée et je commence tout juste à écrire de nouveau dans ma tête... d'ici peu les graines semées la nuit devraient commencer à germer... à suivre donc!
Trois jours que le rythme des journées est battu par le roulement du tambour du lave-linge... Il faudrait inventer le concept des
babages prêts à porter avec du linge jetable dedans! Bien sûr ce ne serait pas très écologiquement correct mais faut voir... du linge en papier recyclé, ça pourrait devenir très tendance!...
Trois jours que je rôde autour de mon bureau, que je prends la peine de m'asseoir, de me connecter, de feuilleter mes notes, de tapoter sur le clavier, comme ça, juste pour voir... pour retrouver les sensations éprouvées lorsque j'étudiais sérieusement
il y a un peu plus de deux semaines, sensations évanouies au fil de mes lectures (une mention spéciale pour le sublime Tess D'Uberville de Thomas Hardy et pour le délicieux Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patatates), sensations évanouies mais remplacées par d'autres, comme celles prodiguées par la baignade en eaux de piscine extérieure... le chlore ne s'y sent pas, et le soleil chauffe la peau... la brûle même... pas réussi à échapper aux coups de soleil mais fait mes réserves de vitamine D pour l'hiver... pas si mal! Et puis comme j'avais épuisé toutes mes lectures (lu aussi les excellentes Tribulations d'un précaire de Iain Levison)
, j'ai découvert le plaisir inavouable de... finir une grille de mots fléchés!!!... Et si!
Trois jours que je me prépare psychologiquement à m'y remettre sérieusement, je médite à chaque occasion, notamment quand j'arrose (trop?) soigneusement les fleurs du jardin, mais je crois bien que je ne vais plus pouvoir me mentir à moi-même encore longtemps... La dernière ligne droite est toute tracée... il me reste moins de deux semaines pour tout donner...
Alors c'est juré, demain je m'y remets!
11:45 Ecrit par Rouge dans Cabinet de lecture | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : lecture, écriture, coups de coeur, iain levison
lundi, 20 juillet 2009
Ex-libris
- M’dame ?! C’est bien ce livre-là que vous aviez demandé d’acheter?
Joseph brandit fièrement son exemplaire flambant neuf, il est debout au troisième rang. Un silence lourd s’installe, les élèves de la 6ème A attendent, inquiets, la réponse. Ils ont acheté le même que Joseph, et si ce n’est pas le bon, il va falloir expliquer à la maison qu’il faudra retourner chez le libraire en urgence et ça va râler. En plus, certains, comme moi, ont laissé leur exemplaire chez eux : on avait noté dans notre agenda que c’était pour lundi prochain. Et la prof n’a pas l’air commode cette année, elle n’a pas l’air du genre à aimer qu’on la contrarie. Vu qu’on est en début d’année, ce serait bien de ne pas me faire remarquer tout de suite : les résultats s’en chargeront en temps voulu.
La prof est là, face à nous, elle se tait, elle attend d’avoir le silence pour prendre la parole, elle sait par expérience que si elle répond à Joseph au milieu du brouhaha elle sera quitte pour répéter sa réponse cinq à six fois. On est en début d’année, et elle espère bien que cette fois elle parviendra à inculquer un peu de discipline dans sa classe : alors elle attend que tout le monde gagne sa place. L’ambiance sonore s’apaise doucement en dépit des deux du fond qui s’amusent à se donner des coups de règle : ils seront parmi les premiers que la prof saura prénommer. Et ce ne sera pas une question de hasard. Elle les fusille du regard : ils cessent. Elle invite alors les élèves à s’asseoir tout en les saluant : bruits de chaises, livre qui tombe d’une table, trousse renversée, insulte qui fuse et puis plus rien. Retour au lourd silence : la réponse est imminente.
- S’il s’agit bien de L’Odyssée d’Homère dans la collection « Classiques abrégés » publié sous la direction de Bruno Rémy à L’Ecole des loisirs sous le numéro ISBN 2211041221 comportant 165 pages, alors oui, il s’agit bien du livre que je vous ai demandé d’acheter.
Elle sourit de ses grands yeux ronds : vingt-cinq paires d’yeux ronds la regardent sans sourire. Aucun ne se résout à prendre la parole : nous sommes tous paralysés d’effroi. On avait bien entendu parler de l’entrée au collège comme d’une sorte de rite initiatique : tout cet été, les tablées familiales n’ont eu de cesse d’évoquer cette rentrée des classes avec ce je ne sais quoi, dans la voix, teinté d’émotion et d’admiration. Nous comprenions enfin pourquoi : le collège est une planète à part, les profs sont des spécimens au langage étrange, et les parents étaient au courant et n’avaient rien dit… Merde, ils seraient donc de connivence ?!
Profitant de ce silence, qu’elle sait exceptionnel, la prof reprend d’une voix sonore : « Un livre est un objet qu’on range habituellement dans un meuble au nom précis : qui a une idée de ce nom ?
- Ça s’appelle une bibliothèque M’dame ! répond Joseph qui avait déjà eu l’occasion d’attirer l’attention sur lui.
- En effet, et pourquoi le nomme-t-on ainsi ?
- …
Personne n’osait répondre. Il y avait bien la ludothèque à côté de la maison, celle qui juxtapose la bibliothèque, et puis maman qui me demande régulièrement de ranger les DVD dans la dévédéthèque, je crois même que papa parle de la tour de CD comme d’une cédéthèque, mais ça se saurait si on ne rangeait que des bibles dans la bibliothèque, surtout chez Samir, alors que chez lui aussi le salon est envahi par les livres, vu que son père est prof. Tiens au fait, pourquoi la ludothèque ? On y range que des Ludo ? C’est étrange quand même…
Devant ce silence qui commençait à s’éterniser, la prof reprit la parole en expliquant qu’il était temps de faire un détour par l’Etymologie. Je n’avais jamais entendu parler de ce pays, et le cours de géo qui était dans une heure, je ne comprenais plus qui fait quoi, mais allons-y, en route pour l’Etymologie !
Elle nous expliqua alors qu’un livre est étymologiquement issu d’un mot latin, liber, qui voulait dire « écorce ou feuille » et donc étymologiquement un livre est un assemblage de feuilles.
Je pensai alors à ma petite sœur qui ne peut pas s’empêcher de ramasser des feuilles mortes en forêt, en automne, et qui donc écrivait des livres sans le savoir ! Je partageai avec la classe le fruit de ma réflexion. La prof me corrigea en complétant sa définition : il faut que les feuilles portent des inscriptions destinées à être lues, sinon ça ne marche pas ! Dommage, j’aurais bien fait grand-frère d’une écrivaine moi plus tard quand je serai grand !
- Mais alors pourquoi appelle-t-on une bibliothèque une bibliothèque ? demandai-je, lancé dans ma quête de connaissances. On devrait dire une « livrothèque » ?!
Elle nous ramena alors en Etymologie pour expliquer qu’une Bible est un « ensemble de livres », et qu’en grec ça se disait ta biblia. Là, j’ai commencé à me perdre un peu, mais la prof avait le mérite de nous faire voyager dans ce pays inconnu sans qu’on ait à décoller nos fesses de la chaise. J’avais l’impression de poursuivre un peu mes vacances, j’aimais bien comment elle nous racontait ça. Elle parlait des fois avec des mots compliqués, on a même fait de l’anglais, après la géographie ça n’avait plus rien d’étonnant, avec l’International Standard Book Number : les livres ont une carte d’identité avec un n° de sécu semble-t-il… Je demanderai confirmation à Maman ce soir, parce que j’ai peur de ne pas avoir tout suivi et que la prof, elle s’en rende compte. Elle en a profité pour nous demander de bien écrire nos nom et prénom ainsi que notre classe à l’intérieur de la première de couverture, pour qu’on ne confonde pas nos livres la semaine prochaine : elle a parlé d’ex-libris mais je n’ai pas tout saisi là non plus. Alors pour lui donner le sentiment que ça m’intéressait, ou juste parce que je n’avais pas envie de trop écrire dans mon cahier, peut-être même un peu pour les deux raisons, je lui ai enfin demandé :
- Mais qu’est-ce qu’on range alors dans une ludothèque ?
C’est là qu’elle nous apprit que ludo, à prononcer « loudo », en latin, voulait dire « jouer » et que c’était pour ça qu’on rangeait des jeux dans une ludothèque.
Je découvris alors soudainement ce plaisir immense d’accéder à des connaissances que j’ignorais le matin en buvant mon chocolat chaud, et je me promis de m’endormir tous les soirs en me remémorant un truc que j’aurai appris dans la journée. C’est le début de l’année, j’y vais tranquille !
A la fin du cours, elle nous a dit que comme nous avions l’air de nous intéresser à tout ça, elle allait organiser une sortie à Paris : elle a parlé de la Bibliothèque Nationale de France. On devrait y aller en métro ! Chouette ! Je ne l’ai jamais pris ! Finalement ça a du bon d’être au collège !
By Rouge pour Kaléidos-Coop.
16:17 Ecrit par Rouge dans Cabinet d'histoires | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : livre, bibliothèque, collège, étymologie, écriture, nouvelle
mercredi, 10 juin 2009
Ô raison
Trois jours qu’il pleut sans interruption. La terre est trempée de pluie et de larmes. Trois jours que tu nous as quittés. Ils m’ont demandé d’écrire l’oraison qui sera lue à l’église. Et je ne sais pas comment m’y prendre. Tous les mots qui me viennent, j’aurais voulu que ce soit toi qui les entendes… Toi… pas eux… A travers mes mots, j’ai peur de ne pas savoir cacher les sentiments que j’avais pour toi, comment faire autrement ?, je vais les laisser entrer dans notre histoire, et je n’en ai pas envie… Pas envie de transformer ce dernier hommage en mauvaise série B avec, pour téléspectateurs, tes proches, nos amis de toujours, ceux à qui nous n’avions rien avoué… Et puis, maintenant que tu n’es plus parmi nous, comment leur dire la vérité ? Je ne sais même pas si tu m’accorderais ce droit de dire ce que tu as voulu cacher durant toutes ces années…
Tu me disais qu’ils ne comprendraient pas, qu’ils sont de ceux à la morale bien-pensante, que dans le meilleur des cas ils te diraient que ça te passerait, que ça nous passerait… Ils diraient que l’homme est faible, qu’il peut lui arriver de trébucher, voire de tomber à genoux, mais qu’il regorge aussi de cette force qui l’aide à se relever, et à redresser la tête. Ils penseraient que ce ne serait qu’une erreur de parcours, une embuscade, un piège de la vie dont on se débarrasse avec le temps ou d’un coup de bistouri. Alors nous n’avons rien dit. Tout ce temps, nous nous sommes tus. Nous nous sommes joués de ce qu’ils diraient s’ils savaient, et ils n’ont rien su. Mais nous n’avions pas prévu que tu partes si vite…
Quand je suis rentré de l’hôpital, je me suis laissé tomber sur le canapé, et j’ai cru que j’allais m’effondrer de sommeil. Je n’ai pas pu… Les larmes non plus ne voulaient pas sortir. Je me suis recroquevillé sur le coin du canapé que tu occupais quand nous regardions un film ensemble. J’ai fixé le poste éteint, écran noir, en deuil. Et dessus s’est déroulé le film de notre histoire. Un long métrage vu le nombre d’années que nous avons partagées. J’ai souri beaucoup, je fus ému aussi, et puis doucement, les larmes se sont mises à rouler sur mes joues. Je m’en suis aperçu quand du bout de mon index je suis venu me sécher la lèvre supérieure qui me démangeait. J’étais entré, sans m’en rendre compte, dans une espèce de torpeur anesthésiante. Mon cœur battait au ralenti, figé dans l’obscurité de la pièce, je laissais s’égrener les secondes comme si elles étaient tes dernières pulsations. Fin du film, pause, arrêt sur image définitif.
Je crois bien que je suis resté comme ça tout ce temps, jusqu’à ce qu’ hier mon téléphone sonne. Je me suis demandé ce qu’il se passait avant de comprendre. Ça faisait deux jours que je pleurais sans interruption au rythme des gouttes qui claquaient contre la vitre, seule la pluie m’indiquait que dehors la vie continuait. J’ai trouvé ton numéro dans son répertoire, alors je me suis permise de t’appeler, je pensais que, puisque tu étais son meilleur ami, ce serait bien que ce soit toi qui écrives le texte qui sera lu à l’église… Tu comprends, la famille est trop effondrée (ou trop pas concernée ?), et puis tu le connaissais mieux que personne…(ça, c'et le moins qu'on puisse dire!)
Je n’ai pas pu dire « non », elle en déduit que c’était un « oui ». Mon silence pourtant disait « mais quelle connerie tout ça, l’église, rien que l’église, il n’aurait jamais voulu… Et puis moi je ne peux pas, tout ce que je peux dire c’est que sans lui, j’ai envie de mourir à mon tour, sans lui ma vie n’aurait pas été la même, elle aurait été fade, insipide, ennuyeuse, inodore… Il était mon piment, ma joie de vivre, mon rayon de soleil, le phare qui s’allumait quand je ne savais plus où aller, il était mon mentor, mon maître, mon guide, il était tout ça, et tellement plus encore… Il était mon autre… Je l’aimais…Mais vous ne voulez pas savoir tout ça… Vous n’avez jamais voulu savoir alors maintenant qu’il n’est plus, pourquoi l’admettriez-vous ? Donne-t-on davantage sa chance aux morts qu’aux vivants par chez vous ? Même ça, il ne l’aurait pas voulu… Il aimait bien trop la vie… » Il aimait bien trop la vie… au point qu’il en a crevé…
Ah ! Tiens ! Je pourrais commencer là-dessus, c’est bien, ça te ressemblerait :
« Parce que Tu étais ma la vie, mon le modèle à suivre en toutes circonstances, me voici bien en peine de me démêler seul pour évoquer, avec mes maux mots, qui Tu étais… Nous nous sommes embrassés rencontrés il y a plus de vingt ans, alors que je venais d’arriver sur Paris, encore empreint de ma candeur naïveté provinciale, nous avions le même âge, mais tu en savais bien plus que moi sur les joies périls qui nous attendaient … »
By Rouge pour Kaléïdos-coop
10:04 Ecrit par Rouge dans Cabinet d'histoires | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, nouvelle, alter ego, amour











