vendredi, 06 novembre 2009
Un p'tit coin d'paradis

C’était à l’occasion d’une de ces si belles journées à la sortie de l’hiver, une de celles qui annoncent le printemps. T’en souviens-tu ?
Nous n’en pouvions plus de cette grisaille qui n’en finissait pas. Tu m’avais rejointe pour le week-end et comme à notre habitude nous savourions ces moments-là : nous sortions de sous la couette juste pour boire notre tasse de café. Un peu de musique, et puis nos mots qui se mêlaient au bruit de la pluie sur les carreaux. Et quand enfin l’envie nous prenait, nous sautions dans notre jean et filions à toute allure en direction du lieu convoité. Ainsi il y avait eu nos escapades à la mer, des galeries d’expo, nos virées à Paris, des concerts, de jolis coins… Chaque fois le plaisir était renouvelé, chaque fois l’envie variait, mais toujours nous avions ce désir de faire un truc à deux… tous les deux…
Alors quand ce jour-là nous avons perçu la chaleur du soleil qui cognait au carreau, nous avons été pris subitement du désir ineffable de boire un grand bol d’air. Comme toute envie subite, il y avait une sorte d’urgence dans notre volonté d’accéder au plaisir : dix minutes de voiture grand maximum. Nous avions donc paré au plus pressé : la forêt la plus proche. En même temps, nous ne l’avions encore jamais fréquentée de près, c’était l’occasion rêvée de faire sa connaissance.
Nous stationnâmes le long de la route, et empruntâmes les bords de Seine sans trop savoir où nous allions. Le soleil se reflétait dans l’eau, les bruits de la ville se taisaient peu à peu, seules nos voix répondaient aux premiers chants des oiseaux. Nous marchions dos au soleil pour ne pas être éblouis. Ses rayons nous chauffaient le dos : nous progressions sereinement. Aussi, quand nous devinâmes, à travers les jeunes feuilles des arbres, une vieille masure qui semblait abandonnée, nous ne pûmes nous empêcher de céder à notre curiosité : nous bifurquâmes à gauche en sa direction. Nous nous interrompîmes rapidement : un grillage éventré nous fit hésiter à poursuivre cette entreprise audacieuse. Cette vieille demeure était-elle réellement abandonnée ou bien en avait-elle juste l’air ? Elle était encore belle en dépit des traces du temps : les volets en bois gris manquaient de tomber, les herbes folles dansaient au milieu des broussailles, la nature semblait avoir repris ses droits depuis quelques années déjà.
Et toujours pas âme qui vive.
Nous décidâmes alors de longer ce qu’il restait du grillage pour voir où il nous conduisait. Le silence était profond, nous nous sentions seuls au monde. Seul le crissement de nos pas sur le sol, et de temps en temps nos murmures interrompaient la quiétude environnante. Notre curiosité crut enfin se satisfaire quand nous nous retrouvâmes face à un grand portail en piteux état : mais il était fermé. Une sorte de déception vint gâter cette belle après-midi ensoleillée. Nous avions ce sentiment exécrable qu’au moment où nous nous apprêtions à toucher un trésor réservé à peu d’élus, on nous claquait le couvercle de la boîte sur les doigts. C’était très énervant. Les épaules basses, comme deux mômes à qui on vient de confisquer un nouveau jouet, nous embrassâmes du regard la forêt et cherchâmes sur quel nouveau sentier nous hasarder.
C’est à cet instant qu’une voix au loin nous interpella. Nous pivotâmes instantanément dans sa direction et découvrîmes une vieille femme qui nous faisait signe d’entrer. Le sourire nous dévora le visage, nos regards s’illuminèrent, et main dans la main nous pénétrâmes enfin dans ce lieu improbable. L’aïeule nous accueillit chaleureusement et nous invita à découvrir ce que nous ne pouvions pas voir depuis l’autre côté du grillage. La vue était dégagée et en son centre : la vue d’un lac s’offrait à nous. C’était magnifique. L’endroit avait quelque chose de céleste. Un petit paradis avait jailli au cœur des bois à quelques minutes seulement des rumeurs de la ville. La nature ici était reine. Rien ni personne ne venait perturber son équilibre précaire. Une sorte d’hôtel cinq étoiles pour volatiles désireux de voir du pays avait été aménagé quelques dizaines d’années plus tôt. Une histoire de père en fille. Et les cygnes et autres oies sauvages étaient accaparés par les préparatifs des naissances prochaines : ils fabriquaient leur nid et se battaient pour savoir qui aurait cette année le privilège de s’installer sur l’île plantée au beau milieu, l’endroit le plus stratégique pour mettre à l’abri des prédateurs les petits. Nous nous jurâmes de revenir à la saison des éclosions : notre promesse resta vaine.
Néanmoins, conservé bien à l’abri des regards, cet endroit magique continue sûrement d’accueillir la naissance de jeunes oisons ou autres cygneaux. Et si je ne peux pas l’affirmer, c’est qu’à chaque fois que j’y suis retournée, la grille était fermée et jamais plus aucune vieille femme ne parut au loin ni ne me fit signe de la rejoindre.
A croire que l’accès au paradis est limité à une fois par personne et par vie !
by Rouge pour Kaléidos-Coop
22:55 Ecrit par Rouge dans Cabinet d'histoires | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : oiseaux, paradis, lac, soleil, forêt, nouvelle, histoire, écriture
mercredi, 21 octobre 2009
Terre brûlée
« Rien ne pousse sur les terres brûlées ma belle, je me range, c’est toi qui as raison… » Elle poursuivit encore un peu la conversation, avec cette évidente volonté à vérifier au timbre de ma voix qu’elle pouvait me laisser seule, m’assura de tout son soutien. Je pouvais la joindre à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, je ne devais pas hésiter, ne pas m’enfermer dans le silence. Puis enfin elle raccrocha.
Le silence : il est là, tout autour de moi à présent. Pourtant si je tends l’oreille, j’entends au loin la rumeur citadine : ici un moteur de voiture qui vrombit, là des clameurs, sûrement des enfants qui jouent. J’imagine par delà mes larmes silencieuses leurs sourires, ils me rassurent. Peu importe ce qu’il adviendra de moi, tant que les enfants rient, l’ordre du monde est à peu près en place. Je peux tranquillement m’apitoyer sur mon sort, me recroqueviller sur moi-même, mentir à mes amis et faire semblant d’avoir la voix claire au téléphone. Il parait que cela finit par passer ; il suffit juste d’être patient et d’attendre que le temps fasse son œuvre. Alors j’attends.
Je m’assois par terre sur le carrelage froid et m’appuie sur le mur. Je sais que sinon dans quelques minutes j’aurai mal au dos: et comment me complaire dans ma tristesse si j’ai vraiment mal quelque part ? Or je veux rester concentrée sur mon chagrin. Aujourd’hui c’est décidé je suis la plus malheureuse de la terre. Demain, je serai moins ingrate, c’est promis et je reconnaitrai qu’il y a pire que moi : les enfants qui meurent de faim, les victimes des guerres civiles… Mais aujourd’hui, accordez- moi ce droit, accordez-moi l’exclusivité de la douleur… Le carrelage est vraiment froid, je commence à grelotter, mes dents claquent. Je me lève tout doucement et sens malgré tout mes muscles contractés se rebiffer. Ce corps n’est même plus digne d’être habité. Je devrais le laisser choir par terre informe et vide. Et me tirer de là. Mais je ne suis pas assez courageuse ? inconsciente ? suicidaire…
Je me glisse sous ma couette ; j’ai au préalable pris soin de mettre la boite de mouchoirs en papier sur ma table de nuit. L’expérience de la douleur m’a appris ça : anticiper. Après avoir dû me moucher dans mes draps plusieurs fois, j’ai réalisé que si je pensais à prendre des mouchoirs avec moi avant de me coucher, ça me permettrait de dormir dans des draps plus propres. Ce jour-là fut à marquer d’une pierre blanche ! En même temps, qui est-ce que ça aurait bien pu déranger de dormir dans mes draps pleins de morve ?
Mais, je me suis raisonnée. Il s’agissait aussi de respect de moi-même. Comment me faire respecter, ou bien faire respecter ma douleur, si moi-même je ne suis pas capable de le faire ? Alors depuis, j’ai des stocks de boites de mouchoirs et j’en prends une neuve à chaque fois que je vais me réfugier sous ma couette pour y pleurer au chaud. Le lendemain, un cimetière de mouchoirs usagés me sert de descente de lit. Je les ramasse consciencieusement et les mets à la poubelle : geste symbolique, comme des morceaux de chagrin dont je me débarrasse au fur et à mesure. Jusqu’à ce que ça me reprenne.
Au début c’était tous les jours. Depuis quelques semaines je m’organise pour pleurer les jours où je ne travaille pas. C’est bien plus pratique et beaucoup plus commode. En plus, personne n’assiste plus au spectacle déplorable qu’offrent mes larmes noires de mascara, mes yeux rougis, mes paupières gonflées, mes cernes grises. Je garde désormais tout ça pour moi. J’ai dressé mon chagrin, bientôt je l’aurai même apprivoisé et je vivrai avec lui comme s’il était un petit animal familier.
Et puis un jour viendra qu’il mourra, comme un vieux chien devenu sourd ; la maison sera vide, et je choisirai, ou pas, de le remplacer par un chagrin tout neuf. Mais pour ça, il me faudra d’abord ouvrir de nouveau mon cœur, et accepter que sur cette terre brûlée des brins d’herbe poussent et recouvrent mes plaies et mes cicatrices…
By Rouge pour Kaléidos-Coop
16:22 Ecrit par Rouge dans Cabinet d'histoires | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chagrin, nouvelle, écriture
mercredi, 07 octobre 2009
La Belle Bio
6h45 : le réveil sonne. Je prends le temps d’émerger doucement, j’ouvre un œil, puis deux. Je regarde l’heure inscrite en rouge sur le mur. Je me lève, et m’avance près de la fenêtre pour l’ouvrir à son tour. J’ai lu un article qui expliquait que parfois la pollution est pire à l’intérieur qu’à l’extérieur. Dans le doute, j’aère.
6h50 : je sors dans le jardin et m’enferme quelques secondes dans les toilettes sèches que je viens d’installer. Il fait froid, il fait noir, mais c’est bio.
6h55 : j’entre, je suis gelée. J’enclenche le bouton de la cafetière. Je viens de changer de marque de café : j’aimais bien celui que je buvais avant, mais il n’était pas équitable.
7h05 : je me presse une orange. Je l’ai payée une fortune, normal : c’est une bio.

7h15 : j’entre dans la salle de bains. Il n’y a plus de flacons multicolores qui trainent dans tous les coins. J’ai tout jeté. Il ne reste qu’un savon d’Alep. Je m’applique à bien couper l’eau quand je ne m’en sers pas, ça fait un peu froid.
7h30 : je branche le sèche-cheveux et bascule ma tête loin en avant. Je me relève, je ne ressemble à rien. Il faudra que je m’achète du gel coiffant à l’aloe vera.
7h45 : je prépare ma salade pour ce midi. Je me résigne à l’enfermer dans une boite en plastique que je mets dans un sac hermétique. Même bio, la vinaigrette fait des dégâts.
7h55 : je pars. Je vais désormais travailler en vélo. Le seul souci c’est qu
e quand j’arrive je suis trempée de sueur et la pierre d’alun n’est pas un déodorant hyper efficace.
8h30 : je m’excuse auprès de mes collègues, et promets de trouver une solution. Du coup, j’autorise ma voisine à fumer : on sera quitte !
10h30 : je pause pomme du jardin, elle est pleine de vers, mais sans aucun pesticide. Je prends de petites bouchées pour être sûre de ne pas en avaler. Ma collègue part se chercher un café à la machine, elle continue de m’en proposer un. Je continue de refuser, j’attends qu’ils nous installent enfin une machine à café équitable.
12h10 : je pause déjeuner pas sur l’herbe. Je rejoins mes collègues dans une petite pièce aveugle. Je sors ma boite et libère enfin ma salade : tomate, concombre, mâche (pour les légumes), féta (pour le laitage), œuf dur (pour les protéines), quelques grains de riz complet (pour les féculents), le tout acheté hier matin sur le marché bio. Je mangerai une seconde pomme véreuse au dessert. Je fais tout bien comme ils disent, je mange mes cinq fruits et légumes par jour, je bouge, je ne grignote plus, je consomme des produits sains.
Je vais de moins en moins manger à l’extérieur, je me sens de plus en plus seule. Mes proches me disent que j’en fais un peu trop. Depuis que je lave mon linge avec des noix, on me dit qu’il faut que j’arrête. Que tout est une question de dosage ! C’est vrai que les noix font difficilement disparaître les odeurs de transpiration que la pierre d’alun ne suffit pas à estomper. D’ailleurs les gens se moquent de moi ! Je suis au milieu d’eux, ils me fixent, ils rient avec la bouche ouverte, ils me montrent du doigt, je pleure… je veux m’échapper mais je ne peux pas, ils sont autour de moi, ils me retiennent prisonnière, je hurle !
Je sursaute.
…
« - Hé ?! Tu as fait un cauchemar ou bien ? Tu viens de crier dans ton sommeil ?!
- Non, non, tout va bien ! Enfin presque ! Je fais de drôle de rêves en ce moment : là, je rêvais que nous étions en 2009… t’imagines ?
- Euh… non, je ne préfère pas. »
By Rouge pour Kaléidos-Coop
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Et parce que je ne suis pas non plus née écologique, mais que je suis en passe de le devenir: comme un écho, la voix et les images de M.Nicolas Hulot...
10:20 Ecrit par Rouge dans Cabinet d'histoires | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bio, santé, écriture, nouvelle, écologie
mercredi, 19 août 2009
Babouche et brodequin
J’aurais pu être la fille naturelle d’un maître bottier et d’une pantouflarde, ou réciproquement, tellement les souliers ont joué un rôle important dans ma vie.
Dès ma naissance, ma marraine la fée, haut perchée sur des talons aiguilles, se pencha sur mon berceau et me souffla que je trouverais chaussure à mon pied le soir de mes vingt et un ans. Puis elle m’enfila deux petits chaussons lamés, d’un goût douteux, fourrés de laine vierge. Bien sûr que, nouvellement née, je ne perçus pas l’ampleur d’un tel oracle, mais je grandis à l’ombre de cet heureux présage. C’était comme si un ange gardien chaussé de brodequins m’accompagnait partout. Aussi mon enfance se déroula-t-elle sans encombre majeure, sous un regard bienveillant et enchanteur.
Le jour de mes vingt ans, le claquement tonitruant de ses talons m’annonça sa visite : elle venait me rappeler ce que je savais déjà au fond de moi, j’amorçai la dernière ligne droite avant le grand saut. Je profitai donc de la situation, et comme je savais ce que le sort me réservait, je vécus cette vingt-et-unième année sous le sceau de l’insouciance. J’usai donc mes semelles à parcourir le vaste monde et en profitai pour constituer une collection improbable de souliers dénichés aux quatre coins du globe : babouches marocaines, spartiates grecques, Converse new-yorkaises, espadrilles catalanes, mocassins indiens, décolletés italiens, ou encore sabots hollandais… Je les aimais tant que je m’amusais à en changer tout le temps. Je leur offris même une petite pièce pour les ranger, et au mur j’accrochai une reproduction des Souliers de Van Gogh ! Collectionneuse monomaniaque certes, mais pas encore fétichiste ! Pas encore… Aussi de fils en talons aiguilles, les jours, puis les semaines, et les mois s’écoulèrent, et je commençai à ruminer…
J’avais beau les avoir toutes portées, aucune paire ne me plaisait plus qu’une autre… et le doute commença à m’habiter. Etait-ce ces sabots si confortables mais pourtant fort bruyants ? Ou bien ces décolletés si élégants mais si périlleux ? Ces babouches peut-être, à la fois douillettes et colorées ? J’avais beau me concentrer, aucune évidence ne s’imposait d’elle-même.
Le jour même de mon anniversaire, mon choix n’était donc pas arrêté et je commençais sérieusement à me morfondre… Aurais-je mal compris le sens de l’oracle ? Je décidai donc promptement d’aller prendre l’air et enfilai mes gros sabots. Ils résonnaient sur la chaussée et nul ne pouvait négliger ma présence. Une heure plus tard, je marchais toujours mais trainais de plus en plus les pieds à cause de leur poids que je parvenais désormais difficilement à ignorer. Epuisée, je pris le chemin du retour et ce qui devait arriver arriva : en descendant d’un trottoir je me tordis la cheville. Je poussai un cri de douleur et me retrouvai assise par terre à pleurer. Un passant vint à mon secours et me hissa en sécurité sur le trottoir. Il commençait à faire nuit. Il me tendit un mouchoir en tissu, ce que je trouvai plutôt original. Ma cheville droite était gonflée et bleue, mais lorsqu’il me sourit, la douleur se dissipa. Il me proposa de me porter jusqu’à la pharmacie d’en face avant qu’elle ne ferme. J’acceptai timidement. Quand il ramassa mes sabots et qu’il me les tendit il me demanda si j’étais suicidaire. Avec des trucs pareils aux pieds c’était un miracle si je ne m’étais pas tuée. Je dodelinai de la tête pour lui indiquer que non, j’avais un coup de blues certes, mais pas à ce point ! Il passa alors son bras sous ma nuque et l’autre sous mes genoux et m’emporta de l’autre côté de la rue. J’aurais voulu que la pharmacie soit de l’autre côté de la ville ! Nous entrâmes en silence, et il me déposa sur une chaise qui attendait patiemment dans son coin. Il s’agenouilla devant moi pour me remettre le sabot au pied gauche. C’est alors qu’il m’appela Cendrillon. « Tiens ?! Comment savez-vous comment je me prénomme ? » m’enquis-je, surprise. Il se troubla, et me dit que non, il n’en savait rien, il avait dit ça comme ça, sans y penser. Puis il prit un air amusé et ajouta que j’aurais bien l’air embarrassé d’aller danser au bal ce soir dans cet état, par contre si j’avais le numéro de portable du cocher qu’il pouvait faire venir le carrosse. Il se moquait de moi et de ce fichu prénom, je me renfrognai. Il le vit et me chuchota à l’oreille des paroles de réconfort. Je souris en rougissant et là, je baissai pour la première fois les yeux, c’est là que je découvris ses pieds ! Il avait deux chaussettes en laine de couleurs différentes. Il surprit mon regard étonné. Il me confia alors que depuis tout petit il avait un problème avec les chaussettes, qu’il ne parvenait pas à conserver une paire entière, il faisait donc collection des orphelines comme il les appelait. Et son plaisir était de les associer selon l’humeur. Aujourd’hui c’était rouge passion et vert de l’espoir, ça tombait bien !… Je le regardai dubitative et mimai une moue boudeuse pour répondre à son air moqueur. C’est précisément à ce moment-là que la pharmacienne s’avança : elle me manipula un peu la cheville en me disant que ça n’était pas grave, que demain on y remarquerait plus… Et quand elle se retira à l’arrière de son officine, j’entendis seulement résonner des talons aiguilles qui s’éloignaient. Je levai les yeux et souris. Nous sortîmes alors dans la rue, je pris mes sabots à la main, en princesse va – nu - pieds…
By Rouge pour Kaléidos-Coop
10:32 Ecrit par Rouge dans Cabinet d'histoires | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle, écriture, conte de fées, cendrillon
lundi, 20 juillet 2009
Ex-libris
- M’dame ?! C’est bien ce livre-là que vous aviez demandé d’acheter?
Joseph brandit fièrement son exemplaire flambant neuf, il est debout au troisième rang. Un silence lourd s’installe, les élèves de la 6ème A attendent, inquiets, la réponse. Ils ont acheté le même que Joseph, et si ce n’est pas le bon, il va falloir expliquer à la maison qu’il faudra retourner chez le libraire en urgence et ça va râler. En plus, certains, comme moi, ont laissé leur exemplaire chez eux : on avait noté dans notre agenda que c’était pour lundi prochain. Et la prof n’a pas l’air commode cette année, elle n’a pas l’air du genre à aimer qu’on la contrarie. Vu qu’on est en début d’année, ce serait bien de ne pas me faire remarquer tout de suite : les résultats s’en chargeront en temps voulu.
La prof est là, face à nous, elle se tait, elle attend d’avoir le silence pour prendre la parole, elle sait par expérience que si elle répond à Joseph au milieu du brouhaha elle sera quitte pour répéter sa réponse cinq à six fois. On est en début d’année, et elle espère bien que cette fois elle parviendra à inculquer un peu de discipline dans sa classe : alors elle attend que tout le monde gagne sa place. L’ambiance sonore s’apaise doucement en dépit des deux du fond qui s’amusent à se donner des coups de règle : ils seront parmi les premiers que la prof saura prénommer. Et ce ne sera pas une question de hasard. Elle les fusille du regard : ils cessent. Elle invite alors les élèves à s’asseoir tout en les saluant : bruits de chaises, livre qui tombe d’une table, trousse renversée, insulte qui fuse et puis plus rien. Retour au lourd silence : la réponse est imminente.
- S’il s’agit bien de L’Odyssée d’Homère dans la collection « Classiques abrégés » publié sous la direction de Bruno Rémy à L’Ecole des loisirs sous le numéro ISBN 2211041221 comportant 165 pages, alors oui, il s’agit bien du livre que je vous ai demandé d’acheter.
Elle sourit de ses grands yeux ronds : vingt-cinq paires d’yeux ronds la regardent sans sourire. Aucun ne se résout à prendre la parole : nous sommes tous paralysés d’effroi. On avait bien entendu parler de l’entrée au collège comme d’une sorte de rite initiatique : tout cet été, les tablées familiales n’ont eu de cesse d’évoquer cette rentrée des classes avec ce je ne sais quoi, dans la voix, teinté d’émotion et d’admiration. Nous comprenions enfin pourquoi : le collège est une planète à part, les profs sont des spécimens au langage étrange, et les parents étaient au courant et n’avaient rien dit… Merde, ils seraient donc de connivence ?!
Profitant de ce silence, qu’elle sait exceptionnel, la prof reprend d’une voix sonore : « Un livre est un objet qu’on range habituellement dans un meuble au nom précis : qui a une idée de ce nom ?
- Ça s’appelle une bibliothèque M’dame ! répond Joseph qui avait déjà eu l’occasion d’attirer l’attention sur lui.
- En effet, et pourquoi le nomme-t-on ainsi ?
- …
Personne n’osait répondre. Il y avait bien la ludothèque à côté de la maison, celle qui juxtapose la bibliothèque, et puis maman qui me demande régulièrement de ranger les DVD dans la dévédéthèque, je crois même que papa parle de la tour de CD comme d’une cédéthèque, mais ça se saurait si on ne rangeait que des bibles dans la bibliothèque, surtout chez Samir, alors que chez lui aussi le salon est envahi par les livres, vu que son père est prof. Tiens au fait, pourquoi la ludothèque ? On y range que des Ludo ? C’est étrange quand même…
Devant ce silence qui commençait à s’éterniser, la prof reprit la parole en expliquant qu’il était temps de faire un détour par l’Etymologie. Je n’avais jamais entendu parler de ce pays, et le cours de géo qui était dans une heure, je ne comprenais plus qui fait quoi, mais allons-y, en route pour l’Etymologie !
Elle nous expliqua alors qu’un livre est étymologiquement issu d’un mot latin, liber, qui voulait dire « écorce ou feuille » et donc étymologiquement un livre est un assemblage de feuilles.
Je pensai alors à ma petite sœur qui ne peut pas s’empêcher de ramasser des feuilles mortes en forêt, en automne, et qui donc écrivait des livres sans le savoir ! Je partageai avec la classe le fruit de ma réflexion. La prof me corrigea en complétant sa définition : il faut que les feuilles portent des inscriptions destinées à être lues, sinon ça ne marche pas ! Dommage, j’aurais bien fait grand-frère d’une écrivaine moi plus tard quand je serai grand !
- Mais alors pourquoi appelle-t-on une bibliothèque une bibliothèque ? demandai-je, lancé dans ma quête de connaissances. On devrait dire une « livrothèque » ?!
Elle nous ramena alors en Etymologie pour expliquer qu’une Bible est un « ensemble de livres », et qu’en grec ça se disait ta biblia. Là, j’ai commencé à me perdre un peu, mais la prof avait le mérite de nous faire voyager dans ce pays inconnu sans qu’on ait à décoller nos fesses de la chaise. J’avais l’impression de poursuivre un peu mes vacances, j’aimais bien comment elle nous racontait ça. Elle parlait des fois avec des mots compliqués, on a même fait de l’anglais, après la géographie ça n’avait plus rien d’étonnant, avec l’International Standard Book Number : les livres ont une carte d’identité avec un n° de sécu semble-t-il… Je demanderai confirmation à Maman ce soir, parce que j’ai peur de ne pas avoir tout suivi et que la prof, elle s’en rende compte. Elle en a profité pour nous demander de bien écrire nos nom et prénom ainsi que notre classe à l’intérieur de la première de couverture, pour qu’on ne confonde pas nos livres la semaine prochaine : elle a parlé d’ex-libris mais je n’ai pas tout saisi là non plus. Alors pour lui donner le sentiment que ça m’intéressait, ou juste parce que je n’avais pas envie de trop écrire dans mon cahier, peut-être même un peu pour les deux raisons, je lui ai enfin demandé :
- Mais qu’est-ce qu’on range alors dans une ludothèque ?
C’est là qu’elle nous apprit que ludo, à prononcer « loudo », en latin, voulait dire « jouer » et que c’était pour ça qu’on rangeait des jeux dans une ludothèque.
Je découvris alors soudainement ce plaisir immense d’accéder à des connaissances que j’ignorais le matin en buvant mon chocolat chaud, et je me promis de m’endormir tous les soirs en me remémorant un truc que j’aurai appris dans la journée. C’est le début de l’année, j’y vais tranquille !
A la fin du cours, elle nous a dit que comme nous avions l’air de nous intéresser à tout ça, elle allait organiser une sortie à Paris : elle a parlé de la Bibliothèque Nationale de France. On devrait y aller en métro ! Chouette ! Je ne l’ai jamais pris ! Finalement ça a du bon d’être au collège !
By Rouge pour Kaléidos-Coop.
16:17 Ecrit par Rouge dans Cabinet d'histoires | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : livre, bibliothèque, collège, étymologie, écriture, nouvelle
mercredi, 10 juin 2009
Ô raison
Trois jours qu’il pleut sans interruption. La terre est trempée de pluie et de larmes. Trois jours que tu nous as quittés. Ils m’ont demandé d’écrire l’oraison qui sera lue à l’église. Et je ne sais pas comment m’y prendre. Tous les mots qui me viennent, j’aurais voulu que ce soit toi qui les entendes… Toi… pas eux… A travers mes mots, j’ai peur de ne pas savoir cacher les sentiments que j’avais pour toi, comment faire autrement ?, je vais les laisser entrer dans notre histoire, et je n’en ai pas envie… Pas envie de transformer ce dernier hommage en mauvaise série B avec, pour téléspectateurs, tes proches, nos amis de toujours, ceux à qui nous n’avions rien avoué… Et puis, maintenant que tu n’es plus parmi nous, comment leur dire la vérité ? Je ne sais même pas si tu m’accorderais ce droit de dire ce que tu as voulu cacher durant toutes ces années…
Tu me disais qu’ils ne comprendraient pas, qu’ils sont de ceux à la morale bien-pensante, que dans le meilleur des cas ils te diraient que ça te passerait, que ça nous passerait… Ils diraient que l’homme est faible, qu’il peut lui arriver de trébucher, voire de tomber à genoux, mais qu’il regorge aussi de cette force qui l’aide à se relever, et à redresser la tête. Ils penseraient que ce ne serait qu’une erreur de parcours, une embuscade, un piège de la vie dont on se débarrasse avec le temps ou d’un coup de bistouri. Alors nous n’avons rien dit. Tout ce temps, nous nous sommes tus. Nous nous sommes joués de ce qu’ils diraient s’ils savaient, et ils n’ont rien su. Mais nous n’avions pas prévu que tu partes si vite…
Quand je suis rentré de l’hôpital, je me suis laissé tomber sur le canapé, et j’ai cru que j’allais m’effondrer de sommeil. Je n’ai pas pu… Les larmes non plus ne voulaient pas sortir. Je me suis recroquevillé sur le coin du canapé que tu occupais quand nous regardions un film ensemble. J’ai fixé le poste éteint, écran noir, en deuil. Et dessus s’est déroulé le film de notre histoire. Un long métrage vu le nombre d’années que nous avons partagées. J’ai souri beaucoup, je fus ému aussi, et puis doucement, les larmes se sont mises à rouler sur mes joues. Je m’en suis aperçu quand du bout de mon index je suis venu me sécher la lèvre supérieure qui me démangeait. J’étais entré, sans m’en rendre compte, dans une espèce de torpeur anesthésiante. Mon cœur battait au ralenti, figé dans l’obscurité de la pièce, je laissais s’égrener les secondes comme si elles étaient tes dernières pulsations. Fin du film, pause, arrêt sur image définitif.
Je crois bien que je suis resté comme ça tout ce temps, jusqu’à ce qu’ hier mon téléphone sonne. Je me suis demandé ce qu’il se passait avant de comprendre. Ça faisait deux jours que je pleurais sans interruption au rythme des gouttes qui claquaient contre la vitre, seule la pluie m’indiquait que dehors la vie continuait. J’ai trouvé ton numéro dans son répertoire, alors je me suis permise de t’appeler, je pensais que, puisque tu étais son meilleur ami, ce serait bien que ce soit toi qui écrives le texte qui sera lu à l’église… Tu comprends, la famille est trop effondrée (ou trop pas concernée ?), et puis tu le connaissais mieux que personne…(ça, c'et le moins qu'on puisse dire!)
Je n’ai pas pu dire « non », elle en déduit que c’était un « oui ». Mon silence pourtant disait « mais quelle connerie tout ça, l’église, rien que l’église, il n’aurait jamais voulu… Et puis moi je ne peux pas, tout ce que je peux dire c’est que sans lui, j’ai envie de mourir à mon tour, sans lui ma vie n’aurait pas été la même, elle aurait été fade, insipide, ennuyeuse, inodore… Il était mon piment, ma joie de vivre, mon rayon de soleil, le phare qui s’allumait quand je ne savais plus où aller, il était mon mentor, mon maître, mon guide, il était tout ça, et tellement plus encore… Il était mon autre… Je l’aimais…Mais vous ne voulez pas savoir tout ça… Vous n’avez jamais voulu savoir alors maintenant qu’il n’est plus, pourquoi l’admettriez-vous ? Donne-t-on davantage sa chance aux morts qu’aux vivants par chez vous ? Même ça, il ne l’aurait pas voulu… Il aimait bien trop la vie… » Il aimait bien trop la vie… au point qu’il en a crevé…
Ah ! Tiens ! Je pourrais commencer là-dessus, c’est bien, ça te ressemblerait :
« Parce que Tu étais ma la vie, mon le modèle à suivre en toutes circonstances, me voici bien en peine de me démêler seul pour évoquer, avec mes maux mots, qui Tu étais… Nous nous sommes embrassés rencontrés il y a plus de vingt ans, alors que je venais d’arriver sur Paris, encore empreint de ma candeur naïveté provinciale, nous avions le même âge, mais tu en savais bien plus que moi sur les joies périls qui nous attendaient … »
By Rouge pour Kaléïdos-coop
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vendredi, 29 mai 2009
Leçon de chose
Rien. Je n’ai rien. Ni compte en banque. Ni famille. Ni de quoi manger à ma faim. Rien. Je n’ai absolument rien.
Il parait que c’est le prix à payer pour tout affranchi. Et il est un fait que je peux me permettre d’être là où je veux, quand je le veux. Sauf que je n’ai pas vraiment les moyens de m’y rendre… Alors je reste ici, campé sur mes deux jambes, bien droit, le regard haut, et je ris…
N’avoir rien, c’est aussi ne pas avoir d’attache, de lettre à laisser pour dire au revoir, de téléphone portable pour que l’on sache où je suis à chaque instant que Dieu m’accorde. L’avantage, c’est qu’on ne peut rien perdre. Est-ce donc que l’on peut tout avoir ?…
Ainsi, je l’ai choisie. Chèrement payée, certes. Enfin pas si chère que ça, parce que finalement, quand on réfléchit bien, elle est gratuite, la liberté. C’est le seul bien dont je dispose vraiment, et il est à la portée de tous… Publicité en vain. C’est peut-être pour ça qu’en définitive elle ne coûte rien.
J’aurais pu profiter de ma chance, celle qui m’accordait le droit d’apprendre à penser, à assumer, à posséder. Mais j’aurais été écœuré par ce à quoi je ne suis pas prêt de penser. Je ne veux pas assumer, et encore moins posséder.
Rien. Je ne veux rien… sauf une chose, mais puisqu’elle est de ce qui ne se possède pas, j’ai renoncé…
J’erre, je vis de l’air du temps et du sourire des gens, je me nourris des plantes et des couleurs éclatantes des fleurs des champs, je bois la pluie d’été et les paroles des enfants… Je suis la course des nuages et les oiseaux de passage, je perçois la lueur des étoiles et les odeurs de la terre, je chante le temps qu’on ne retient plus et la vie qu’on ne mesure pas…
Je prie pour l’âme de mes semblables, qu’ils abandonnent enfin la jalousie qui les ronge, et qu’ils reprennent le voyage imprégné dans leurs songes …
Je suis celui que l’on croit fou, mais c’est moi le plus sage du village…
Je voulais le soleil, et je me contente de ses miettes…
By Rouge pour Kaléidos-Coop
21:31 Ecrit par Rouge dans Cabinet d'histoires | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : kaléidoscoop, écriture, nouvelle
vendredi, 24 avril 2009
Banana Spleen (3)
1ère partie ici
2nde partie là
3
Elle s’est mise à me parler à travers la porte. « Voyons mon chéri, tu ne dois pas te mettre dans un état pareil… Tu dois passer au-dessus de tout ça. Elle t’a appelé hein c’est ça ? Et vous vous êtes encore disputés. Vous êtes deux enfants tous les deux. C’est à celui qui aura le dernier mot. A croire que… Non, rien, j’allais dire une bêtise, oublie… Tu pleures ? Dis ? Tu pleures ? Je t’entends pleurer, non ? Sors de là mon chéri… »
J’étais assis là par terre, la tête au dessus de la cuvette des chiottes, les spasmes se calmaient, s’espaçaient doucement, et les larmes coulaient sur mes joues… La voix de ma mère derrière la porte, moi comme un con le cul par terre à chialer comme un môme… J’avais six ans, comme quand mon ami d’enfance m’avait juré les yeux dans les yeux, « J’suis plus ton copain » tout ça parce qu’il voulait que je lui donne le super mécano que ma mère venait de m’offrir pour mon anniversaire ! Et ma mère m’avait retrouvé là, exactement au même endroit, la tête dans les genoux, en train de pleurer toutes les larmes de mon corps. Sauf que le lendemain c’était fini, on était partis faire les quatre cents coups ensemble et c’était reparti comme en quarante. Là, on en est loin ! Trop loin… A des années lumières même !
C’est ça qu’il faut que je te dise Maman… J’ai essayé de le prendre sur un ton rieur ce soir en arrivant, et je me suis étranglé. Je pensais qu’on saurait tous les deux se convaincre mutuellement que c’est une bonne idée. Et je ne t’en ai même pas encore parlé ! Je ne suis pas sûr que tu vas trouver ça très avisé d’ailleurs ! Je t’entends déjà me dire « Alors c’est pour ça que tu pleures ? Parce que tu vas me quitter ? Me laisser là toute seule… Et à qui vais-je faire à manger moi maintenant ? Et ton linge, hein, ton linge, qui va s’en occuper ? J’aimais bien moi laver ton linge, j’étais sûre comme ça que j’allais te revoir très vite ! J’ai si peur pour toi depuis ce fameux jour où j’ai dû envoyer la police te chercher… Comment je vais savoir moi, si tu es loin, comment tu vas ? » Je l’entends déjà me déchirer le cœur, ou plutôt ce qui me fait office de cœur, parce que je crois bien que l’original s’est désintégré dans un gros nuage de fumée, combustion spontanée, pièce à usage unique totalement hors service. Et ça fait un drôle de bruit quand elle me dit ces choses-là… Comme un bruissement de papier journal que l’on chiffonne avant de le jeter au feu… Je n’aime pas te faire souffrir… Tu mérites tellement mieux…
La porte s’ouvre tout doucement, elle passe une tête penchée, un œil, deux yeux, ton sourire m’apparaît… « Allez relève-toi maintenant ! Tu n’as plus six ans ! Et moi je suis une vieille dame maintenant, je ne vais quand même pas m’assoir par terre comme je l’avais fait dans le temps ! Je n’arriverais par à me remettre sur mes pieds. Allez, viens… » Elle me tend la main, elle me sourit, elle est magnifique ma mère, avec ses yeux bleus et son teint pâle. Je me redresse, et niche mon nez dans son cou, elle sent divinement bon. Comment vais-je pouvoir me passer de cette odeur rassurante, de ce sourire apaisant, de ces yeux qui me disent « Tiens toi droit, tu dois garder la tête haute, sois fier de toi mon fils, en toutes circonstances. Mais attention, hein ! Rester digne ne veut pas dire écraser les autres.»
Je vais partir, ai-je lancé brutalement dans un murmure, je vais… partir… Je me cachais toujours dans son cou, je suis sûr qu’elle m’a entendu. J’attends sa réaction, elle n’en a pas. Elle ne s’effondre pas. Rien. Je me redresse et plonge mon regard tendrement dans le sien. Elle acquiesce. Juste de son regard, elle acquiesce. Elle est forte. Un sourire lui échappe. Mon regard devient interrogateur. J’entends le tic tac de la pendule qui résonne dans ce silence solennel. Pas la moindre idée de l’heure qu’il est. Le temps s’est suspendu à ses yeux. « Dans ce cas, je pars avec toi, dit-elle. Je vends la maison, et je te suis, de toutes façons si tu vois les enfants plus souvent, tu auras besoin de temps pour toi, je serai là pour te les garder. Et mes petits enfants ont aussi besoin de voir leur grand-mère de temps en temps, et je suis bien trop vieille pour prendre le train. Donc je pars avec toi. »
Merde, je n’avais pas prévu ça. Prendre les enfants sous le bras, et les emmener loin, ça me paraissait illusoire, périlleux voire même injuste. J’y avais renoncé depuis des lustres. Mais avec ce coup de fil de trop, ces plaintes récurrentes et infondées avaient fait germer en moi une nouvelle certitude teintée d’espoir. Sauf que huit cent bornes, c’est trop loin pour mettre la machine en branle. Je refusais d’admettre l’idée de m’éloigner de toi Maman, je pensais que tu n’aurais jamais quitté cette maison dans laquelle tu m’as vu grandir, dans laquelle tu as passé toute ta vie, avec les affaires de Papa dans son bureau que tu n’as jamais voulu ranger dans des boîtes en carton, comme s’il allait rentrer demain par le dernier vol. Je ne voulais pas t’infliger ce choix-là. Et là, tout à coup, tous les possibles s’offrent de nouveau à moi. Tu me proposes de venir avec moi. Tu verras Maman, je te trouverai une petite maison au bord de la mer. Nous viendrons les enfants et moi te rendre visite chaque week-end, tu nous feras des tartines de confiture à la fraise pour le goûter, et les enfants t’entendront leur dire « Non, je n’ai pas de Nutella dans mes placards, inutile de chercher ! Votre vilaine grand-mère n’achète pas ces cochonneries-là ! » Et tu sortiras, d’un bocal, des bonbons à la violette pour te faire pardonner. Un immense sourire leur bouffera le visage, ils s’enfuiront courir dans le jardin, ou bien nous demanderont d’aller à la plage faire des châteaux de sable… Nous serons heureux, enfin… Heureux et unis… Comme une vraie famille…
Je vais dormir ici ce soir. Je me lèverai tôt pour passer chez moi demain matin me changer. Je vais en profiter pour dire au revoir à tous ces souvenirs. A ma chambre d’adolescent, au bureau de mon père dans lequel je le rejoignais parfois silencieusement avec un livre, juste pour l’épier en train de travailler et profiter de sa présence. La règle était simple : il ne fallait pas parler, mais je pouvais entrer dans son antre à ma guise. Je vais dire au revoir aussi à ce papier peint fané. Et je dormirai d’un sommeil profond, celui de l’enfant insouciant que j’étais. La journée sera longue demain. J’ai des coups de fil à passer.
Tiens au fait ? Tu m’as dit que tu avais des bananes… J’ai un petit creux, j’en mangerais bien une maintenant s’il- te -plait… Merci Maman…
11:24 Ecrit par Rouge dans Cabinet d'histoires | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle, écriture, espoir, récit, enfants
jeudi, 23 avril 2009
Banana Spleen (2)
le début c'est ici
2
« Entre mon fils, entre… , ça c’est la douce voix de ma mère, ça n’a pas l’aller fort ? Tu as une toute petite mine. Tu manges au moins, hein ? Tiens, tu en profiteras pour emporter les restes de ce soir, je crois que j’en ai fait pour un régiment ! » Elle dit ça sur un ton, comme si elle ne l’avait pas fait exprès, mais je sais bien que si. A chaque dois, elle me fait le coup ! Je repars avec des boîtes en plastique pleines des petits plats que je préfère. Je fais semblant de ronchonner, Maman, tu sais bien que je ne suis plus un enfant, je sais me faire à manger, tu sais. Elle répond qu’elle sait, qu’elle sait, mais qu’elle aime bien cuisiner pour moi, elle a l’impression de servir encore à quelque chose. Ô Maman, comme si tu avais besoin de cuisiner pour moi pour être utile. Si tu savais combien tu comptes pour moi, combien tu m’as manqué aussi tout à l’heure, juste avant que je ne t’appelle.
Mais non, je ne te dirai rien, tu as le visage si fatigué aujourd’hui, tu es pâle comme un linge de lin blanc, comme ces draps sur lesquels tu m’installais dans le jardin quand j’étais petit. Comme je suis heureux de te voir, ton sourire me fait du bien, ta voix me réchauffe, pas comme la voix de l’autre conne… Bref, n’y pensons plus. « Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? » ai-je lancé d’une voix faussement enthousiaste, ça sonne faux, je n’y arrive pas, pas avec toi, je ne sais pas jouer la comédie. De toutes façons ça ne sert à rien, tu devines les choses, tu les sens, comme si nous n’avions jamais coupé le cordon ombilical. Et cette voix dure qui me revient de plus belle « Ah ! Ta mère ! Parlons-en de ta mère ! Quand vas-tu enfin lui expliquer que maintenant c’est avec moi que tu vis hein ? Mille fois déjà je t’ai demandé de lui parler, mais tu ne trouves pas les mots, me dis-tu ? Je vais lui parler moi, tu vas voir ! » La dernière fois, j’avais eu droit en prime à ce « Et bien tu vois, finalement, ta mère a gagné ! Elle va t’avoir pour elle toute seule maintenant ! » Après une semaine à l’hôtel, je m’étais résigné, j’étais allé m’installer chez elle. « C’est provisoire, hein Maman, » avais-je insisté.
Le provisoire avait duré six mois, le temps d‘y voir clair, le temps aussi que la procédure se fasse. Je rentrais le soir, à ramasser à la petite cuillère, épuisé, anéanti, vidé, piétiné… Quand j’allais chercher les enfants, je récupérais des sacs avec mes affaires jetées en vrac dedans : des fringues, des livres, des cd… A la fin je ne regardais même plus ce qu’il y avait dedans, je les mettais directement dans le local à poubelle en bas de chez elle. Ce « chez elle » qui avait toujours été notre « chez nous » jusqu’à ce que… Elle avait gardé l’appartement, les enfants, les photos… De notre vie, il ne me restait des fringues, des bouquins, des cds… et les enfants aussi. Un week-end sur deux, drôle de partage. J’ai cru que j’allais en mourir. Et puis, le jour où elle m’a annoncé qu’elle changeait de boulot, qu’elle partait en province, qu’elle refaisait sa vie… c’est comme si une avalanche m’avait emporté. Je n’avais pas de balise sur moi pour qu’on me retrouve. Il suffisait que je me laisse engourdir par la douleur, je m’endormirais, et oublierais de me réveiller. Ce serait plus simple, trop simple. Il est bien plus facile de mourir que de vivre. Et c’était sans compter sur ma mère. Quand elle a vu que je ne répondais pas au téléphone, elle a demandé aux flics de venir vérifier que tout allait bien. Sur le coup, ils avaient refusé, et puis elle avait invoqué sa santé précaire, elle avait pris sa voix douce, ils n’avaient pas pu le lui refuser. Aussi quand ils avaient tambouriné à la porte, je m’étais abstenu de répondre. Mais le voisin leur confia qu’il m’avait vu deux jours avant, que je faisais peine à voir, que j’avais l’air vraiment pas bien.
Alors ils avaient insisté, j’avais fini par ouvrir, pour qu’ils puissent rassurer ma mère, au moins. Elle m’avait alors imposé de revenir chez elle, ce n’était pas une bonne idée de vivre seul, chacun de son côté, ça l’empêchait de veiller sur moi, et moi sur elle. Allez ouste, aucun droit de réponse, tu reviens à la maison, et tu m’obéis, je suis ta mère après tout ! J’étais bien trop las pour lutter, alors je l’ai rejointe. Je pouvais bien le faire pour elle, si je ne le faisais pas pour moi. Je lui expliqué les raisons pour lesquelles je m’étais emmuré vivant. Pfiou, ne t’inquiète pas, avait-elle rétorqué, les enfants vont grandir, et eux sauront faire la part des choses ; dans deux trois ans, tu verras, c’est eux qui t’appelleront pour s’inviter à l’improviste, et puis des vacances scolaires, il y en a tout le temps ! » J’avais alors décidé de l’écouter, et de prendre mon mal en patience, les années se sont écoulées, et rien n’a changé. Rien. Et il y a des jours, je regrette d’avoir ouvert cette porte, j’aurais dû faire simple cette fois-ci…
« Tu as l’air bien absent ce soir, me dit-elle, tu n’as presque rien mangé ! Tu as des soucis ? Je croyais que nous avions quelque chose à fêter ? Par contre comme c’est lundi, la pâtisserie était fermée, mais j’ai acheté des bananes hier matin sur le marché, je sais que tu les adores ! » Je me suis levé, j’ai couru dans la salle de bains et m’y suis enfermé. « Ne t’inquiète pas Maman, j’ai dû choper une saloperie ! » ai-je lancé à son intention à travers la porte…
A fêter ? Quelque chose à fêter ? Finalement je ne suis pas sûr que ce soit le terme exact…
13:10 Ecrit par Rouge dans Cabinet d'histoires | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle, récit, séparation, enfants
dimanche, 19 avril 2009
Banana Spleen
Je suis aux portes de l’enfer, et pourtant je ne suis pas mort. Je suis aux portes de l’enfer, et pourtant je respire encore.
Je suis là, ça j’en suis sûr : par contre ne me demandez pas si je suis debout, assis ou couché. Je ne sens plus mon corps. Mes idées valsent et tourbillonnent quand mes jambes, elles, ne répondent plus. Je suis aux portes de l’enfer et je sais qu’un pas de plus m’y fera basculer pour de bon.
J’ai encore la tonalité qui vibre sur mon tympan droit (je suis droitier, je le sais, même si je ne sens pas plus mon bras droit, que mon bras gauche ou mes deux jambes), ou c’est plutôt le souvenir de cette tonalité parce que je ne suis pas sûr d’entendre encore. C’est comme si mon esprit s’était enfui de ce corps prêt à exploser sous la pression de la colère. J’imagine très bien chaque vaisseau se gonfler sous l’afflux sanguin. Ça s’est produit à l’instant même où j’ai entendu ma voix hurler pauvre conne ! dans le combiné sauf qu’elle avait déjà raccroché… ça veut dire que j’ai hurlé ça dans le vide, du coup le flux sanguin m’a envahi et mes vaisseaux ont gonflé, j’ai bien cru que j’allais éclater comme un ballon trop gonflé qui rencontre une épine de rosier. Mais je ne vois rien sur le pavé : ni éclaboussures de sang, ni parcelles de cervelle dispersées, le pavé est gris, tristement gris, proprement gris, à l’exception de cette crotte de chien dans laquelle j’ai manqué marcher. Seuls mes yeux semblent fonctionner encore, certainement pour contempler l’ampleur du désastre. Douloureuse détresse d’un trait de colère qui ne touche pas sa cible : il revient comme un boomerang et vient marteler le tympan de ses oscillations ondulatoires qui viennent se fondre au creux de l’oreille avant de contaminer les deux hémisphères du cerveau. Les idées qui valsent et tourbillonnent à m’en donner la nausée, c’est à cause de ça. Depuis, je suis là: il semble que je suis debout, vu que je domine les pavés gris d’une hauteur qui ressemble à la mienne, mais je ne sens rien : anesthésié ? anéanti ? Les deux mon capitaine. A l’instant précis, je voudrais juste m’écrouler sur place pour éloigner définitivement de moi l’envie de la buter.
Elle, c’est la mère de mes enfants.
Et si j’ai cette putain d’envie de la faire taire à tout jamais, c’est qu’à chaque fois que nous tentons d’amorcer quelque chose qui pourrait ressembler à une conversation entre adultes, ça tourne au cauchemar : au début ça faisait un peu mauvaise série B, des dialogues à la con, elle et ses répliques à la sauce « Amour , gloire et beauté » , les silences qui vont avec, les regards aussi, dommage que ça m’énervait au point d’avoir envie de lui faire avaler sa télé parce que pour le coup ça me donne envie de me marrer (sauf que je n’ai toujours pas repris l’usage de ma mâchoire, elle semble encore crispée), et puis d’épisode en épisode, et d’engueulade en engueulade, ça a pris de l’épaisseur tant dans les répliques que dans le scénario. J’ai dû retenir les meilleurs bouts à chaque fois, que je colle de mieux en mieux et de plus en plus vite, maintenant ça prend une tournure de duel à la Tarentino, les armes en moins, sinon je foncerais chez elle et là, pile entre les deux yeux, je lui ferais fermer sa grande gueule pour toujours et à jamais.
Je repasse le film depuis le début, je ne comprends pas. J’essaye de comprendre, je n’y arrive pas. Pourtant, il me semble que je suis d’une intelligence normale, pas trop con, pas trop sourd non plus, j’admets les critiques quand elles sont fondées, bon, bien sûr, j’ai mon orgueil de mâle, mais je ne suis pas complètement bouché. Et d’ailleurs, je bosse dans la com et ça ne me réussit pas mal. Je gagne bien ma vie, je la perds bien aussi, avec ces fichues communications qui ne conduisent nulle part ailleurs qu’au pays des rêves des crimes commandités et autres meurtres en lingerie fine. Je me planterais devant elle, je commencerais par la bâillonner avec ses bas nylon pour la faire taire (mon dieu, faites-la taire), et là, bang, entre les deux yeux après lui avoir plongé mon regard noir bien profond.
Sauf que c’est la mère de mes enfants, et que je les aime trop pour les rendre orphelins, et que malgré tout, je la respecte certainement beaucoup trop aussi pour l’écraser comme je pourrais le faire avec un cloporte. Elle en a de la chance. Si elle savait cette conne.
La première fois, que j’ai prononcé ce mot en la visant j’en ai perdu le sommeil pendant une semaine. Qu’on ne s’aime plus, ça se comprenait, qu’on se sépare, ça allait dans l’ordre des choses, mais quand on est arrivé à l’étape de la haine, je n’ai pas compris.
Je n’ai pas compris, pourquoi cette femme avec qui j’avais partagé de doux moments ces quelques années devenait d’un coup d’un seul une ennemie de taille à prendre en otages mes propres enfants.
Elle est devenue folle. Alors je me suis demandée si elle était folle d’origine et que je ne m’en étais jamais rendu compte (l’amour rendrait-il aveugle à ce point ?), ou bien si un événement avait déclenché cette folie à la manière d’une bombe à retardement ?! En tous cas, c’est elle qui m’a foutu dehors un soir que je rentrais du boulot, ma valise était prête, dans l’entrée, comme dans les films à la con qu’elle regarde sans cesse : j’ai cru à une plaisanterie mais à son regard j’ai vu que ce n’était pas la peine d’insister, alors je suis parti les épaules basses, et je me suis installé à l’hôtel en attendant qu’elle me demande de rentrer.
Ça va faire sept ans. Elle n’a jamais imploré mon retour et je prie pour que ça n’arrive pas ! Je n’ai jamais vraiment su ce qu’elle me reprochait, toujours est-il qu’elle a réussi à convaincre le juge de lui confier la garde des enfants, et depuis sept ans, plus le temps passe, plus on s’engueule. Allez comprendre quelque chose, on aurait mieux fait de rester ensemble à ce tarif –là, parce qu’à l’époque on ne s’engueulait pas! Il y a des couples qui se séparent parce qu’ils se tapent dessus et bien nous, on a attendu d’être séparés pour le faire ! Comble de l’ironie d’un sort que je ne maîtrise pas. J’ai l’air d’en rire, mais en fait, là je n’en peux plus, chaque sujet de conversation tourne au pugilat, et chaque fois c’est le même refrain, elle met les gosses au milieu et moi, je finis par céder pour qu’elle me fiche la paix et que je puisse voir mes mômes le week-end. C’est dégueulasse.
Des larmes de rage me brouillent la vue, je trébuche, je retrouve doucement le sens de l’orientation, je sens mes jambes se dérober, je chavire, je crois que je vais vomir. Je me retiens de justesse avant de m’écrouler dans la crotte de chien qui ne doit pas être loin, où que je sois le terrain est toujours miné. Je suis à bout de nerfs, les spasmes me font trembler. Je serre le plus fort que je peux ce à quoi je me retiens, c’est froid, c’est lisse, ça glisse…
J’essuie mes larmes dans la manche de mon costard, je redeviens l’enfant que j’étais, envie des jupes de ma mère pour m’y réfugier, de son mouchoir imprégné de son parfum pour me moucher. Mais je suis là, tout seul comme un con, dans cette rue, je devine les silhouettes des badauds qui changent de trottoir en arrivant à ma hauteur, je leur fais peur. Doucement, je vois de mieux en mieux, je confirme la crotte est toujours là, j’ai marché dedans… Je relève doucement le visage, avec l’espoir secret que mes larmes ont lavé l’objet de ma colère. J’ai envie de rentrer chez moi, je veux dormir… oublier… prendre un bain… m’y noyer…
J’appuie mon front sur quelque chose, ça ressemble à du plexiglas… c’est lisse, ça glisse mais ce n’est pas froid… je suis accroché à un abribus… Il y a un banc je vais pouvoir m’y assoir. Je me redresse dans un dernier élan prêt à franchir ce pas… le seuil des enfers semble s’être provisoirement éloigné… Je me redresse dans un élan de dignité et quand je ne me méfiais plus, je me mets à gerber sur cette affiche immonde avec cette bouche ourlée qui se tape une banane… C’est con mais l’espace d’un instant j’y ai vu la sienne avec un canon de Beretta enfoncé dedans… je n’ai pas pu m’empêcher d’appuyer mentalement sur la détente…
Je crois que maintenant ça va aller, je vais rentrer prendre un bain, appeler ma mère et m’inviter ce soir à dîner.
Même si c’est juste virtuel, on a quelque chose à fêter.
17:35 Ecrit par Rouge dans Cabinet d'histoires | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle, récit, enfer, banane










