mercredi, 28 octobre 2009

J'ai tant rêvé de toi {Desnos}

             

              J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.

              Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère ?

              J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués, en étreignant ton ombre, à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.

              Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.

              Ô  balances sentimentales.

              J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venus.

              J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l’ombre qui se promène et se promènera  allègrement sur le cadran solaire de ta vie.

Robert Desnos Corps et Biens (1930)

                                                         

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dimanche, 18 octobre 2009

Coup de coeur du soir

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Affronter une connexion capricieuse qui n'a de cesse de me faire perdre patience: depuis deux jours, fermer toutes les fenêtres de rage en attendant un "plus tard" meilleur qui tarde à s'annoncer... Râler derrière l'écran, faire frétiller la souris dans tous les sens comme si cette agitation pouvait agir sur cette lenteur exaspérante...

Se souvenir, avec bienveillance,  que je suis une littéraire: rien de rationnel ne commande jamais mes actes qui deviennent des plus insensés... Je ronge mon frein, clique sur le lien, pars vite et reviens le plus tard possible.

Et là de deux choses l'une: la fenêtre est enfin ouverte (ô bénédiction divine!) , et je tente de surfer sur la vague internautique, ou bien un message d'erreur s'affiche (ô malédiction divine!), et je jure alors par tous les diables...

Et puis cette accalmie (dont je profite à l'instant!): tenter le tout pour le tout et partager en direct cette découverte du soir... Vous expliquer comment je suis arrivée à elle n'apporterait rien de plus (je vous parlerais à nouveau de Rimbaud puisqu'elle a publié un album (Le Rimbaud) qui illustre certains de ses poèmes: j'avais prévenu, ça n'intéresse personne!sauf toi peut-être et accessoirement moi, c'est vrai... )

Je n'ai pas retrouvé le dessin que je cherchais mais j'ai découvert son site (http://www.chloepoizat.com/) (forcément la fonction du lien hypertexte ne veut pas fonctionner!) et elle s'appelle du doux nom de Chloé Poizat... !!!

ps: si j'arrive à publier cette note, je vais de ce pas allumer un cierge!!!

  

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mercredi, 14 octobre 2009

Question du jour: Rimbaud était-il un slameur?!

Poème à lire à voix haute avant de répondre à cette question!

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Le coeur volé

Mon triste coeur bave à la poupe,
Mon coeur couvert de caporal :
Ils y lancent des jets de soupe,
Mon triste coeur bave à la poupe :
Sous les quolibets de la troupe
Qui pousse un rire général,
Mon triste coeur bave à la poupe,
Mon coeur couvert de caporal !

Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs quolibets l'ont dépravé !
Au gouvernail on voit des fresques
Ithyphalliques et pioupiesques.
Ô flots abracadabrantesques,
Prenez mon coeur, qu'il soit lavé !
Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs quolibets l'ont dépravé !

Quand ils auront tari leurs chiques,
Comment agir, ô coeur volé ?
Ce seront des hoquets bachiques
Quand ils auront tari leurs chiques :
J'aurai des sursauts stomachiques,
Moi, si mon coeur est ravalé :
Quand ils auront tari leurs chiques
Comment agir, ô coeur volé ?

Arthur Rimbaud.

mardi, 25 août 2009

L'étoile a pleuré rose

 

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 *

"L'étoile a pleuré rose au coeur de tes oreilles,

L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins,

La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles,

Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain. "

Arthur Rimbaud.  

 

vendredi, 21 août 2009

Sous-vide

Tu me dis avoir une sainte horreur du vide

 

Mais tu t’emploies si bien à le dévider

 

Que je vide grenier mes idées noires

 

A moins que  je ne les vide ordures

 

En attendant  je suis vidée

 

De vidange en vie de rien

 

J'ai la vidure des anges

 

Tel un vide-poche

 

Renversé net

 

Je passe à

 

vide

 

*

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Photo: Yves Klein Le saut dans le vide (1960)