mercredi, 28 octobre 2009

J'ai tant rêvé de toi {Desnos}

             

              J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.

              Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère ?

              J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués, en étreignant ton ombre, à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.

              Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.

              Ô  balances sentimentales.

              J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venus.

              J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l’ombre qui se promène et se promènera  allègrement sur le cadran solaire de ta vie.

Robert Desnos Corps et Biens (1930)

                                                         

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mercredi, 14 octobre 2009

Question du jour: Rimbaud était-il un slameur?!

Poème à lire à voix haute avant de répondre à cette question!

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Le coeur volé

Mon triste coeur bave à la poupe,
Mon coeur couvert de caporal :
Ils y lancent des jets de soupe,
Mon triste coeur bave à la poupe :
Sous les quolibets de la troupe
Qui pousse un rire général,
Mon triste coeur bave à la poupe,
Mon coeur couvert de caporal !

Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs quolibets l'ont dépravé !
Au gouvernail on voit des fresques
Ithyphalliques et pioupiesques.
Ô flots abracadabrantesques,
Prenez mon coeur, qu'il soit lavé !
Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs quolibets l'ont dépravé !

Quand ils auront tari leurs chiques,
Comment agir, ô coeur volé ?
Ce seront des hoquets bachiques
Quand ils auront tari leurs chiques :
J'aurai des sursauts stomachiques,
Moi, si mon coeur est ravalé :
Quand ils auront tari leurs chiques
Comment agir, ô coeur volé ?

Arthur Rimbaud.

mardi, 25 août 2009

L'étoile a pleuré rose

 

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 *

"L'étoile a pleuré rose au coeur de tes oreilles,

L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins,

La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles,

Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain. "

Arthur Rimbaud.  

 

vendredi, 21 août 2009

Sous-vide

Tu me dis avoir une sainte horreur du vide

 

Mais tu t’emploies si bien à le dévider

 

Que je vide grenier mes idées noires

 

A moins que  je ne les vide ordures

 

En attendant  je suis vidée

 

De vidange en vie de rien

 

J'ai la vidure des anges

 

Tel un vide-poche

 

Renversé net

 

Je passe à

 

vide

 

*

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Photo: Yves Klein Le saut dans le vide (1960)

mercredi, 29 octobre 2008

Baudelaire

Harmonie du soir

....

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;

Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir;

Valse mélancolique et langoureux vertige !

.

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;

Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige;

Valse mélancolique et langoureux vertige !

Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

.

Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige,

Un coeur tendre,qui hait le néant vaste et noir !

Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir;

Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

 

Un coeur tendre,qui hait le néant vaste et noir,

Du passé lumineux recueille tout vestige!

Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige ...

Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

Charles Baudelaire, in Les Fleurs du Mal.

lundi, 16 juin 2008

Que la fureur divine soit avec moi!!!!!!!!!!!!!

En attendant qu'elle visite ma propre chambre et qu'elle me souffle ses mots... Merci les coops!

   

Le poète et la muse

La Chambre, as-tu gardé leurs spectres ridicules,
O pleine de jour sale et de bruits d'araignées ?
La Chambre, as-tu gardé leurs formes désignées
Par ces crasses au mur et par quelles virgules ?

Ah fi! Pourtant, chambre en garni qui te recules
En ce sec jeu d'optique aux mines renfrognées
Du souvenir de trop de choses destinées,
Comme ils ont donc regret aux nuits, aux nuits d'Hercules !

Qu'on l'entende comme on voudra, ce n'est pas ça :
Vous ne comprenez rien aux choses, bonnes gens.
Je vous dis que ce n'est pas ce que l'on pensa.

Seule, ô chambre qui fuis en cônes affligeants,
Seule, tu sais! mais sans doute combien de nuits
De noce auront dévirginé leurs nuits, depuis !
 
Paul Verlaine

vendredi, 18 avril 2008

Bon voyage Monsieur Césaire...

Jour et Nuit

1337813021.jpgLe soleil le bourreau la poussée des masses la routine de mourir et mon cri de bête blessée et c'est ainsi jusqu'à l'infini des fièvres la formidable écluse de la mort bombardée par mes yeux à moi-même aléoutiens qui de terre de ver cherchent parmi terre et vers tes yeux de chair de soleil comme un négrillon la pièce dans l'eau où ne manque pas de chanter la forêt vierge jaillie du silence de la terre de mes yeux à moi-même aléoutiens et c'est ainsi que le saute-mouton salé des pensées hermaphrodites des appels de jaguars de source d'antilope de savanes cueillies aux branches à travers leur première grande aventure: la cyathée merveilleuse sous laquelle s'effeuille une jolie nymphe parmi le lait des mancenilliers et les accolades des sangsues fraternelles.




Aimé Césaire,
Les armes miraculeuses, 1946 (extrait)

P.S.: Etrange date, quand même, pour passer de l'autre côté du miroir et rejoindre la jolie nymphe effeuillée Monsieur Césaire...

 

mercredi, 16 avril 2008

Immense et rouge

Immense et rouge 
Au-dessus du Grand Palais 
Le soleil d'hiver apparaît 
Et disparaît 
Comme lui mon coeur va disparaître 
Et tout mon sang va s'en aller 
S'en aller à ta recherche 
Mon amour 
Ma beauté 
Et te trouver 
Là où tu es.

Jacques Prévert.

 

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Miro Joan
"Le Soleil rouge"

jeudi, 03 avril 2008

Le soleil a rendez-vous avec...

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mercredi, 27 février 2008

Instant suspendu

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Le

papillon

nage des pattes

et de la queue,

cherche à ramper du corps,

et bat des ailes - synthèse de la

démarche du poisson, du reptile et de

 l'oiseau. Trois parties unifiées d'un même règne;

triangle isocèle animal.

 

in "Sens-Plastique"

de Malcolm de Chazal.

 

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